Français

Table
des matières
Le
défi politique est éthique
Force est de constater qu’au sein de nos démocraties
occidentales le débat politique s’est largement « désidéologisé ». Gauche
et droite tentent de conquérir un centre prépondérant de citoyens qui
aspirent à plus de liberté et moins d’inégalités, sans verser dans les
extrémismes collectivistes ou capitalistes. Or le déferlement de
changements tous azimuts qui affecte la société contemporaine, la
confronte à un problème qui est fondamentalement éthique. Certains des
changements scientifiques et technologiques, constituant un progrès
révolutionnaire et fondamental pour l'humanité, doivent être promus.
D'autres changements ne sont pas exempts d'inconvénients, voire de dangers
et il faut les adapter et les améliorer, comme par exemple en matière de
biogénétique. Mais il y a aussi des innovations qui peuvent nuire
considérablement à la santé physique et morale et qu'il faut dès lors
combattre avec courage. Ce constat implique que l'on pose à tous les
niveaux de la société, à commencer par l'enseignement, la vieille question
de la distinction entre le bien et le mal. Le grand défi qui se pose à
tous les responsables dans tous les domaines est à la fois simple et
énorme: comment transformer en véritable progrès humain tous les
changements qui envahissent la vie et la pensée des hommes et des
femmes de notre temps. Pour ce faire il importe d’avoir une conception
suffisamment claire et opérationnelle de ce que l'on entend par « progrès
humain ». Il s'agit en fait de développer une éthique du changement.
Ce qui me paraît plus urgent et plus important qu'un changement de
l'éthique, bien que l’un n’exclue pas nécessairement l'autre. Dans
beaucoup de sociétés toutefois l’on vit depuis plusieurs décennies sous
l'empire d'une morale relativiste – l’éthique de situation - qui enseigne
que la distinction entre le bien et le mal dépend largement des
circonstances concrètes et changeantes. Une attitude qui peut conduire aux
pires extrémités de comportement. C'est ainsi qu'en 1994 après le génocide
au Ruanda j'ai fait une expérience qui m'a sidéré. Je reçus avec quelques
collègues, au Parlement une délégation de Hutu. J’exprimai d'emblée au
président du groupe africain mon horreur devant les événements qui
venaient d’avoir lieu dans son pays entraînant la mort d'un million de
citoyens. Mais mon interlocuteur m'interrompit en me disant que j'étais
mal informé et que je n'avais rien compris. Comme je revenais à la charge,
il me lança à la figure que j'étais atteint de préjugés typiquement
occidentaux et que je ferais mieux de m’occuper de l’Europe où au cours de
la deuxième guerre mondiale, des Européens avaient exterminé 50 millions
d'autres Européens. À ce moment de la conversation j'ai dû baisser les
yeux un instant. Mais je revins à mon sujet: un million d'hommes, de
femmes et d'enfants assassinés souvent à coups de machette. C'est alors
que mon interlocuteur Hutu se fâcha et frappa du poing sur la table en
s’écriant: « non monsieur, nous n'avons tué personne. Nous avons exterminé
la vermine. Nous avons fait notre devoir et vous devriez nous féliciter ».
J'ai mis fin à la conversation et nous nous sommes quittés sans poignée de
main. Ce que j'avais entendu était un exemple extrême et absurde de
l'éthique de situation, mon visiteur Hutu étant convaincu que ses
congénères avaient bien agi. Dans sa mentalité ceux de l'autre tribu, à
savoir les Tutsi, étaient des êtres inférieurs, des untermenschen,
comme l'enseignaient les nazis pendant la guerre. La communauté
internationale s'est depuis lors doté d'une « Déclaration universelle des
droits de l'homme », un repère tout à fait essentiel. J'ai visité le salon
à Dunbarton Oaks, dans une grosse villa près de Washington, où la
Déclaration universelle fut négociée en 1945 sous la présidence de Mme
Éléonore Roosevelt, l'épouse du président américain, et quatre messieurs
dont trois blancs et un chinois. Il m'est arrivé dans mes contacts
internationaux dans d'autres continents, dès lors que je référais à la
Déclaration universelle, d'entendre mes interlocuteurs me répondre que
cette déclaration était un texte occidental imprégné des valeurs de la
civilisation des blancs. Et encore aujourd'hui dans certains pays les
occidentaux sont accusés, dès lors que nous prêchons la nécessité d'une
intervention humanitaire, de verser dans l'impérialisme éthique. Il n'est
donc pas si facile de convaincre tous les responsables de la planète qu'il
faut accepter l'universalité d'un code de conduite humain, si l'on veut
éviter que le monde ne soit livré à la barbarie. Le philosophe Emmanuel
Kant a longuement réfléchi au fondement d'une éthique universelle. Mais
qui lit encore Kant ?
Mark Eyskens
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Choisir
l’Europe de l’avenir
La décision du Conseil des ministres européen d’ouvrir des
négociations d’accession avec la Turquie et la Croatie est de nature
à placer l'Europe, ses dirigeants et sa population devant un choix
difficile entre l'Europe du passé et celle de l'avenir. Celle du
passé, à partir du plan Schuman jusqu'à la fin de la guerre froide,
a grandi d’une manière inédite grâce à une méthodologie totalement
nouvelle (l'intégration économique et la méthode communautaire de
Jean Monnet utilisées afin de rendre toute guerre intra-européenne
définitivement impossible et de fonder la Pax Europea. Mais depuis
l'implosion du communisme et l'explosion de l'Union soviétique, la
situation internationale et continentale de l'Europe a été
fondamentalement bouleversée. Une attitude défensive à l’intérieur
de frontières bien protégées s’efface devant un esprit d’ouverture
et une attitude offensive qui déplace les anciennes démarcations. Au
point que l’Europe de demain se définira moins en des termes
purement géographiques mais davantage à la lumière de valeurs
partagées et assumées ensemble. La vocation historique du continent
Européen au cours du 21ème siècle est d’être le levier d’une
convergence intercontinentale, s’articulant autour d’une communauté
de prospérité et basée sur l’établissement d’une communauté
internationale de droit. Le renforcement de l'Europe est aujourd'hui
et demain une condition essentielle à la réalisation de cet idéal.
Mais cette Europe là, il faudra la réinventer.
Les citoyens de l'Union Européenne attendent des solutions aux
problèmes qui les préoccupent et inquiètent: les delocalisations, le
chômage, l’insécurité, les défis posés par le vieillissement de la
population et l’évolution défavorable de la démographie, les atteintes
à la qualité de la vie… L’approbation d’une constitution européenne
n’est pas leur première priorité. Le redressement de la crédibilité
des décideurs européens passe aujourd’hui par l’annonce et la
réalisation progressive d’un vaste plan de relance – un plan de
croissance économique et sociale – s’articulant autour de la
stratégie de Lisbonne – faire de l’UE l’ensemble le plus moderne - et
proposant des mesures tendant à accompagner et à humaniser les grandes
mutations socio-économiques en cours. L'UE sera de plus en plus
confrontée aux conséquences de la globalisation et de la concurrence
des nouveaux états industriels dont la Chine et l'Inde sont les porte-
étendards. Un nombre de handicaps structurels en Europe menacent la
durabilité de l'état de providence européen et le financement de la
sécurité sociale, par ailleurs typique pour le modèle de société
européen. La conservation des composantes essentielles de ce modèle
exige toutefois un réajustement approfondi et il est évident que
chaque politique de réforme sociale est facilitée dès lors que les
instances européennes la recommandent et la coordonnent.
Ce n’est que dans le contexte d’un plan de relance qu’il faudra
examiner si certaines améliorations institutionnelles doivent être
apportées au fonctionnement actuel de l'UE. Il semble donc appropriée
d’inverser la séquence: d'abord définir une nouvelle stratégie,
faite de politiques, et ensuite, si nécessaire, adapter les méthodes
de travail de l'Union. Peut-être faudra-t-il en premier lieu se
pencher sur les lacunes du projet de Constitution. En effet aucune
voie institutionnelle n’a été ouverte afin de permettre au Parlement
européen de lever un impôt (indirect) européen, bien entendu sous des
conditions très restrictives, afin de financer le budget de l’Union,
lequel budget aujourd’hui est tributaire de l’approbation (difficile
et douloureuse) de chacun des 25 pays membres. Une autre nécessité
institutionnelle est de simplifier la ratification des nouveaux
traités et là aussi de remplacer l’unanimité par une majorité
qualifiée des membres du parlement européen et des états membres. Si
un plan de relance ne faisait pas l’unanimité l’on pourrait dans le
cadre des traités d'Amsterdam et de Nice faire appel à la coopération
renforcée entre les états membres qui voudraient agir ensemble et qui
constitueraient de fait une espèce d’avant-garde.
Quant à l’élargissement de l’Union je propose depuis longtemps de
structurer la nouvelle Europe selon un modèle ‘Saturnien’, avec un
noyau centripète d’états entouré de cercles de pays en transition vers
une plus grande convergence. La planète Saturne étant constituée dans
un premier temps par les ou certains membres de l’Union Monétaire
Européenne. Une telle formule aurait le grand avantage de rendre plus
phasée et progressive l’adhésion de nouveaux membres (bientôt la
Bulgarie et la Roumanie; par après les pays issus de l’ex-Yougoslavie
et en cas de négociations réussies la Turquie). Ainsi l’élargissement
deviendrait plus un processus qu’une soudaine mutation.
En ce qui concerne l’Union Monétaire, force motrice de l’Union,
appelée à prendre également des initiatives en matière de politique
étrangère et de défense, il est
évident que l’adhésion du Royaume-Uni est plus que souhaitable, voire
d’une extrême nécessité. Il est temps de reprendre le débat avec la
Grande Bretagne, particulièrement dans le cadre d’une relance
européenne. Les Britanniques, grands partisans d’un marché européen
unique, doivent comprendre qu’ à terme des fluctuations de change
entre la livre et l’euro sont de nature à perturber le bon
fonctionnement de ce marché. Du côté continental il serait judicieux
d’exprimer une certaine compréhension pour le désir des Anglais de
maintenir la livre dans le cadre de leurs relations avec les pays du
commonwealth et le rôle que joue la place de Londres au niveau
mondial. Pourquoi ne pas envisager une politique de change
conjointement gérée qui conduise à la fixation d’un parité irrévocable
entre l’euro et la livre ? Dès ce moment le Royaume-Uni deviendrait
membre à part entière de la Banque Centrale Européenne et des
instances de l’Union Monétaire, tout en conservant la livre.
L'Europe est depuis l’implosion du communisme et la fin de la
guerre froide un exemple de coopération et de gestion continentale,
depuis le récent élargissement. Progressivement, suite surtout au
flux continu de multiples développements scientifiques et
technologiques, une coopération et une intégration intercontinentale
plus intense s’imposera. Au fur et à mesure que les négociations
commerciales et le fonctionnement plus efficace de l’Organisation
Mondial du Commerce produiront des résultats probants, la
possibilité, voire la nécessité, augmentera de mettre en place pas à
pas une zone de libre-échange entre l'UE et les Etats-Unis. Cela
conduira inévitablement, comme ce fut le cas en Europe, à la
création d’une union douanière afin d’éviter un détournement des
flux commerciaux. L’étape suivante étant l’élaboration d’une intense
coopération économique, débouchant sur une communauté économique,
avec les caractéristiques d’un marché unique. Mais un tel marché ne
pourrait fonctionner que si l’on mettait fin aux fluctuations des
cours de changes entre les monnaies concernées, en l’occurrence
l’euro et le dollar. L’aboutissement logique de ce processus serait
l’établissement d’une union monétaire atlantique ou AMU. Il s'agit
indubitablement d'un grand dessein à long terme mais dont l’effet
mobilisateur sur les relations transatlantiques et sur l’économie
planétaire serait très considérables.
Mark EYSKENS
Ministre d’Etat
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L’Anglicisation de l’Europe
L’Europe
en ses débuts s’est forgée autour de l’axe Paris-Bonn, à l’époque de
Robert Schuman et de Konrad Adenauer, l’intégration économique étant
considérée comme le meilleur moyen de souder structurellement la paix
entre la France et l’Allemagne, les deux ennemis ancestralement
héréditaires. L’entrée de la Grande-Bretagne dans la Communauté
européenne en 1973, après la disparition du général de Gaulle, renforça
encore l’entente franco-allemande car il fallait faire front à une
Angleterre socialisante, récalcitrante dès lors qu’il s’agissait de
faire progresser l’intégration politique et partisane du ‘juste retour’,
un principe contributif incompatible avec la solidarité
intra-communautaire. Ce qui n’empêche qu’en 2005 le Royaume-Uni recevra
un chèque de 5 milliards d’euros en compensation de sa part dans le
financement des dépenses communautaires. La révolution néo-libérale de
madame Thatcher, protagoniste des ‘reaganomics’, pratiquées aux
Etats-Unis, creusa le fossé avec une France mittérandiste. Je me
souviens d’un sommet européen à Rome en 1990 où Jacques Delors, le
président emblématique de la Commission, avait déposé un texte, dans le
cadre de son rapport sur l’Union Monétaire, préconisant la création
d’une monnaie unique, ce qui impliquait la suppression des monnaies
nationales. Le premier ministre britannique, John Major, qui avait
succédé à Margareth Thatcher, avait contre-attaqué en proposant la mise
en circulation d’une monnaie commune et donc d’une treizième monnaie
(parallèlement aux 12 monnaies des pays membres de l’époque). Cette
idée, parfaitement en conformité avec la subsidiarité, était de nature à
séduire plusieurs gouvernements. Il fallut l’art pédagogique des
quelques économistes autour de la table pour les convaincre que la
création d’une treizième monnaie parallèle eût aussitôt déclenché la
fameuse loi de Gresham (le chancelier de la reine Elisabeth I) ‘bad
money drives out good money’, ayant pour conséquence l’inévitable
déstabilisation du système monéraire européen. L’adjectif ‘unique’
l’emporta sur ‘commune’ dans la qualification de la future monnaie
européenne, la Grande-Bretagne annonçant son ‘opt out’,
éventuellement réversible. Lors de la négociation finale du traité de
Maastricht en 1991 les Britanniques obtinrent également une ‘clause de
sortie’ pour le protocole social, ce qui semblait confirmer la
marginalisation du Royaume-Uni.
Or,
depuis quinze ans la ‘position de fait’ de la Grande-Bretagne au sein de
l’Union Européenne s’est considérablement modifiée. La fin de la guerre
froide et l’effondrement du communisme ont conduit à la nécessité
politique d’accueillir de nouveaux pays membres, beaucoup plus
souverainistes qu’ intégrationnistes et allergiques à l’idée que l’UE
puisse remplacer purement et simplement le Comecon de sinistre mémoire.
Les gouvernements des pays de l’Europe de l’Est, bienque souvent truffés
d’anciens communistes, pratiquent une politique économique plutôt
libérale, proche de celle de l’Angleterre, où Tony Blair prouve qu’un
‘nouveau’ socialiste peut parfaitement promouvoir les privatisations,
l’autonomie totale de la Banque d’Angleterre, la libre entreprise et
l’économie de marché. Les anciens membres du pacte de Varsovie sont en
outre pro-américains (ce qui les rapproche des Anglais), car ils
considèrent que se sont les Américains qui les ont libérés du joug
soviétique. Beaucoup de dirigeants européens se réalisent aujourd’hui,
après les récentes perturbations trans-atlantiques, que de bonnes
relations de coopération et de complémentarité avec les Etats-Unis sont
salutaires et que la Grande-Bretagne peut jouer, de par ses liens
historiques, un rôle déterminant dans le consolidation des rapports de
l’UE avec l’Amérique. Il s’avère en outre qu’une politique étrangère et
de sécurité commune de l’Europe (PESC) est inconcevable sans l’apport du
Royaume-Uni, première puissance miltitaire de l’Europe. Depuis la
réunification des deux Allemagnes l’axe Paris-Bonn, en devenant l’axe
Paris-Berlin, a changé de nature, l’Allemagne donnant la priorité à
l’absorption des nouveaux Länder et à son ‘Drang nach Osten’.
La rigueur budgétaire, la transformation radicale de la politique
agricole commune, la ‘débureaucratisation’ de l’administration de l’UE
sont des objectifs chers aux Britanniques, qui séduisent de plus en plus
de membres. Un autre facteur important est de nature à augmenter le
poids psychologique et exemplaire de l’Angleterre, à savoir son succès
économique. Alors que l’Allemagne et la France sont frappées de nombreux
conflits sociaux, d’un chômage très élevé ( 10% et plus) et d’une
croissance économique faible, voire nulle, les indicateurs
macro-économiques britanniques sont franchement flatteurs: croissance du
PNB de 2,5 à 3,5%, chômage de 4,8%, inflation de 1%, un revenu moyen par
habitant de 28.000 dollars (le plus élevé de l’UE après le Luxembourg et
l’Irlande), un montant record d’investissements étrangers, recherche et
développement impressionnants et une dette publique de 40% du PIB. Ces
prestations remarquables mettent en exergue par ailleurs les
insuffisances structurelles des pays de l’Union Monétaire à laquelle le
Royaume-Uni n’appartient pas. S’ajoute à cela le formidable rayonnement
culturel de l’Anglosaxonie dans le monde et en Europe, non
seulement sur le plan linguistique, l’anglais étant devenu le ‘worldish’,
au moins comme langue de travail universelle, mais aussi dans de
nombreux autres domaines tels certains arts comme le cinéma, la
littérature, l’architecture et les sciences. L’introduction généralisée
du système d’enseignement américano-britannique (bachelor-master)
dans toutes les universités européennes constitue un pas décisisf pour
que la nouvelle génération s’intègre mentalement dans un monde sans
frontières et très anglicisé sur le plan intellectuel et professionnel.
Tony Blair est l’habile avocat du modèle anglais. Il vient d’annoncer
qu’il passera la main à son successeur désigné George Brown avant la fin
de son troisième mandat en tant que premier ministre. Serait-ce étonnant
que M. Blair songe à occuper, en couronnement de sa carrière, un poste
européen d’envergure, comme président du Conseil européen ou comme
ministre des affaires étrangères de l’UE ? Ou, si la Constitution
européenne devait échouer, en tant que grand conciliateur et médiateur,
refondateur d’une Europe confédérale, qui devra encore s’élargir à l’est
et s’ouvrir à une intense coopéraion trans-atlantique, à l’heure où la
globalisation déconcerte l’occident?
Mark
EYSKENS
Ministre
d’Etat
Réforme de la Sécu et lutte
contre la pauvreté.
Le vieillisement de la
population, allant de pair en Europe avec une diminution drastique de la
population en âge de travailler (15-65 ans) et de son taux d'activité
(réduit en Belgique à 59,6%), posera à brève échéance le problème du
financement, voire du maintien de notre système de sécurité sociale. Et
cela avec une acuité d'autant plus grande que la concurrence
internationale accrue et la menace de délocalisation des entreprises
rendent le niveau actuel de la presssion parafiscale (particulièrement
les cotisations patronales) de plus en plus destructreur de notre tissu
industriel et partant de l'emploi. Le régime de la sécurité sociale
accuse un déficit de 1 millard d'euros à l'horizon 2005. Augmenter les
cotisations sociales serait économiquement suicidaire et en ce qui
concerne la pression fiscale la marge est nulle, la Belgique étant un
des pays les plus taxés de la planète. "Que faire?". Il incombe aux
gouvernements et aux responsables socio-économiques d'y répondere dans
le cadre d'un programme d'avenir cohérent, courageux mais forcément
impopulaire, de préférence un pacte qui échapperait aux vicissitudes de
la conjoncture politique. Ce sont en premier lieu les secteurs des
pensions et des soins de santé qui poseront problème. Augmenter la
population active éventuellement en pratiquant une politique
d'immigration sélective (coordonnée sur le plan européen) et en
incitant les gens à travailler plus longuement, est une première mesure
à prendre. Il faudra en même temps élaguer le sytème des prépensions et
promouvoir énergiquement des activités économiques innovatrices de
nature à augmenter la croissance économique. En soins de santé, dont les
coûts augmentent structurellement suite à l'introduction continue de
nouvelles technologies médicales, il faut entamer une 'décollectivisation'
partielle et phasée du système en instaurant un mécanisme de franchise
progressive en fonction du revenu imposable de l'assuré obligatoire et
cela à partir d'un certain seuil de revenu imposable. Le personnes
concernées auraient dès lors le loisir de s'adresser au marché privé de
l'assurance pour la part non remboursée des prestations. Très important
est une refonte du système de financement des soins de santé et des
allocations familiales en réduisant les cotisations patronales, pour les
remplacer par un financement alternatif, à savoir la TVA et les
accises. Mais il ne faut pas verser dans des simplismes, comme le fait
souvent M. R. Duchâtelet et son parti 'Vivant'. Le financement
alternatif par impôts indirects est limlité à cause du danger
d'inflation et certaines règles qui nous sont imposées par l'UE. Les
partenaires sociaux devant par ailleurs accepter que la hausse de
certaines taxes indirectes ne grève point l'indice des prix à la
consommation. Il faut en outre souligner qu' aujourd'hui déjà le
financement de la Sécu par des moyens budgétaires et par des impôts
affectés (surtout la TVA) est déjà relativement importante (14 millards
d'euros sur 48). Selon les experts l'on pourrait toutefois ajouter à
cette somme environs 5 millards d'euros en TVA et accises, permettant
ainsi de dégrever les cotisations patronales à la sécurité sociale de
12%. Ce qui n'est pas si mal. Ce qui précède n'est certes pas exhaustif
et beaucoup d'autres mesures sont envisageables par exemple en ce qui
concerne le contrôle des chomeurs, la lutte contre la fraude sociale et
fiscale. La plupart des mesures à prendre seront cependant impopulaires
et entraîneront parfois des effets dérivés contre-indiqués, qu'il faudra
essayer de neutraliser. Une conséquence de toute réforme de la Sécu
devrait être exclue de toute manière: l'augmentation de la pauvreté dans
le pays.
Je voudrais donc poser une
condition contraignante en préalable à toute politique d'ajustement de
notre politique de sécurité sociale. Toute mesure qui augmenterait le
taux de pauvreté ou de précarité devrait être corrigée ou compensée dans
les plus brefs délais. J'ajoute que la pauvreté devrait être davantage
éradiquée en Belgique, quelles que soient les réformes opérées dans
notre système de sécurité sociale. Pour ce faire je propose un mécanisme
à deux niveaux: 1/ mesurer régulièrement le taux de pauvreté au sens
large en l'érigeant en indice de pauvreté; 2/ réorienter la Sécu en la
rendant plus sélective et en la transformant plus en un mécanisme de
répartition et de solidarité qu'en la maintenant comme un système d'aussurance
obligatoire pour chacun. Mais une telle 'decollectivisation' partielle
et progressive de la Sécu, en premier lieu en matière de soins de santé,
ne pourrait en aucun cas avoir des conséquences 'thatchériennes'. Une
loi cadre devrait donner au gouvernement les pouvoirs nécessaires pour
intervenir rapidement (p.e. en ce qui concerne l'augmentation du minimum
vital). Mais il faudra aller au-delà. La nécessaire restructuration de
la sécurité sociale, afin de la rendre compatible avec le maintien et
l'amélioration de la capacité concurrentielle de l'économie belge,
devrait aller de pair avec une politique de lutte contre la pauvreté et
la précarité des citoyens les moins favorisés.
Dans le contexte d'une
négociation communautaire prochaine portant sur l'octroi de 'paquet de
compétences plus homogènes' aux régions et communautés, les différents
niveaux de pouvoirs devraient être à même de prendre leurs
responsbilités conjointement. Le calcul et la publication d'un indice de
pauvreté pour la Belgique mais ventilé régionalement, visualiserait pour
l'opinion publique les différences interrégionales en matière de
pauvreté (et de précarité). Il s'avérerait que la Wallonie et Bruxelles
(avec un taux de 8 à 8%) sont beaucoup plus touchés que la Flandre
(4,5%), un constat qui entre hommes politiques lucides, courageux et de
bonnne volonté devrait conduire à l'élaboration d'une politique de
solidarité objective mettant fin ainsi aux nuisibles controverses
relatives aux tranfers Nord-Sud.
Mark EYSKENS
Ministre d'Etat
Référendum sur la constitution européenne:
un procédé dangereux.
Dans au moins sept pays de
l'Union Européenne l'approbation du traité établissant une constitution
pour l'Europe se fera par voie de référendum, dans certains états parce
que cela est prévu par la constitution, dans d'autres, comme en Grande-
Bretagne ou en France parce que les gouvernments y voient un moyen d'
affermir leur presitge en cas de victoire ou de diviser l'opposition.
L'dée démocratiquement généreuse de susciter un grand débat soiétal sur
l'avenir de l'Europe à l'occasion de l'approbation d'une constitution
européenne est dans la plupart des cas battue en brèche par des velléités
de politique intérieure. En France le président Jacques Chirac, en fin
tacticien est parvenu à diviser dramatiquement le parti socialiste, mais
il est nullement évident que cette manoeuvre serve vraiment la cause
européenne. L'ancien président de la Convention européenne, Valéry Giscard
d'Estaign, de son côté, a lancé une croisade contre l'adhésion de la
Turquie à l'UE, risquant ainsi de faire dévier le débat sur la
constitution en le dégénérant en une bagarre passionnelle pour ou contre
la Turquie. En Grande-Bretagne le premier ministre Tony Blair tente de
maintenir l'unité du parti travailliste en érigeant le peuple britannique
en arbitre au sujet de l'avenir de l'Europe. La seule solution défendable
est bien entendu l'organisation d'un référendum vraiment européen dans
tous les états membres de l'UE sur base d'une unique circonscription
électorale.
Tous les cas d'espèce démontrent en
l'occurrence une contamination inévitable et souvent consciemment
organisée du débat sur la constitution européenne par des facteurs de
politique intérieure. Cette "internalisation" de la politique étrangère
mettant en péril l'approbation de la constitution est très inquiétante au
moment où l'approfondissement institutionnel de l'Union Européenne est une
nécessité absolue, si l'on veut réussir l'élargissement de l'Union sans
verser dans la dilution, conduisant à une Europe réduite à n'être qu'une
zone de libre échange, sans impact politique sur l'échiquier mondial.
Cette dilution, que Jacques Delors appela la "déseurope", correspond par
ailleurs au souhait non avoué des néo-nationalistes et des
archéo-souverainistes.
En Belgique d'aucuns – et pas des moindres
puisqu'il y figure le premier ministre – préconisent également
l'organisation d'une consultation populaire, version édulcorée d'un
référendum par ailleurs contraire à la constitution belge. Il se fait
heureusement que le Conseil d'Etat a émis un avis nettement négatif sur
toute proposition de loi tendant à consulter la population belge. En fait
une telle consultation, théoriquement non décisive, aurait de toute
manière un impact déterminant sur la décision à prendere par les pouvoirs
législatifs et exécutifs. La Belgique – et le Conseil d'Etat le rappelle
utilement – est une démocratie parlementaire et donc représentative, ce
qui implique que l'intérêt général ne résulte point de l'addition des
choix indivuels des citoyens, mais bien d'un arbitrage démocratique au
sein d'assemblées parlementaires qui représentent la nation. Prétendre que
les dirigeants politiques doivent en toute circonstance suivre les
volontés de la population, conduit à un dangereux populisme, qui eût eu
des conséquences fatales pour la construction européenne, si on l'avait
appliqué en 1949, lors du lancement du plan Schuman. Un référendum à
l'époque organisé en France et en Allemagne sur la création d'une
Communaté Européenne de l'Acier et du Charbon eut conduit a un rejet avec
pertes et fracas des deux côtés du Rhin et l'Europe de Jean Monnet et des
pères fondatuers n'aurait jamais vu le jour. Des leaders politques
éclairés doivent parfois précéder leurs opinions publiques, quitte à se
soumettre au suffrage universelle lors d'électioins parlementaires.
J'ajoute qu'en Belgique le risque de
pollution 'domestique' du débat sur la constitution européenne est énorme,
les partis politiques se mobilisant pour ou contre le gouvernement
Verhofstadt et pour ou contre l'adhésion de la Turquie à l'UE. On ferait
en outre la part belle à la démagogie anti-européenne et incivique du
neo-Vlaams Blok. Décidément, l'Europe mérite mieux. La proposition de loi,
instaurant une consultation, actuellement en discussion au parlement,
prévoit un vote populaire en mai 2005 et chargerait dangereusement le
calendrier électoral déja passablement excessif (élections fédérales en
2003, régionales et européennes en 2004, suivies d'élections communales en
2006, de fédérales en 2007 et regionales et européennes en 2009). Quelle
dangereuse inflation électorale!!! A proscrire!
Mark EYSKENS
Ministre d'Etat
BILAN
DE LA CONVENTION EUROPEENNE
Au cours des négociations relatives au traité de Maastricht
(1991-92), les dirigeants européens furent unanimement d'avis que l'élargissement de
l'UE n'était possible qu'après l'approfondissement des institutions européennes, sous
la forme d'une véritable union politique, caractérisée par un processus décisionnel à
la majorité qualifiée, par le renforcement des compétences du parlement européen et
gràce à une commission plus forte. Mais les jalons d'une telle union politique ne purent
être placés à Maastricht, un demi-échec qui a toutefois été éclipsé par le
miraculeux accord au sujet de l'union monétaire et l'introduction de l'euro. Ce miracle
fut rendu possible par la conclusion d'un compromis historique entre le soutien de tous
les partenaires européens à l'unification de l'Allemagne d'une part et d'autre part
l'acceptation par les Allemands de l'union monétaire. Le président François Mitterand
parvint à persuader les autres chefs de gouvernement que la réunification allemande
devrait se réaliser rapidement grâce au soutien solidaire et efficace de tous les
membres de l'Union et cela tant politiquement que financièrement. En échange l'on
attendit des Allemands un sacrifice important, à savoir l'abandon du mark allemand en
favuer d'une monnaie européenne unique et la dégradation de la Bundesbank allemande,
reléguée au rôle de succursale de la banque centrale européenne. À Amsterdam, quatre
ans plus tard, il devint évident que l'élargissement de l'union par l' adhésion des
pays et de l'Europe centrale et orientale (les PECOs) était devenue une nécessité
politique absolue et que l'absence d'un projet d'ensemble en ce qui concerne la création
d'une union politique européenne ne devrait d'aucune manière faire obstacle et retarder
l'élargissement. À Nice, en 2000, les ministres bricolèrent quelques mini-réformes
institutionnelles, impliquant de facto l'acceptation par les partenaires que la priorité
fût accordée à l'élargissement. De nombreux chef d'états et de gouvernement estimant
cependant qu'une Europe élargie à 20 ou 30 membres ne pourrait fonctionner
convenablement sans une profonde refonte des institutions L'opinion gagna du terrain
qu'une procédure exceptionnelle serait nécessaire afin d'accélérer et de faciliter
l'adaptation du fonctionnement de l'Union à la nouvelle donne politique, conséquence de
la fin de la guerre froide.
Un consensus se fit sur l'idée de confier la réponse au défi
institutionnel de l'Union à une convention. Une nouvelle approche était ainsi amorcée
dans l'espoir d'opérer une percée politique. La convention fut une vaste assemblée au
sein de laquelle toutes les institutions européennes étaient représentées. Au total
105 membres et 102 suppléants et un certain nombre d'observateurs de différentes
institutions européennes se réunirent à Bruxelles pendant 15 mois. En plus un forum fut
créé dans lequel les représentants de la société civile furent repris, dont
particulièrement les partenaires sociaux, le secteur privé des entreprises, les ONG, les
milieux académiques... La convention, qui a terminé ses activités en juillet de 2003, a
formulé des propositions et des recommandations, destinées à être soumises à la
conférence intergouvernementale sous présidence italienne qui devra finaliser la
rédaction fin 2003 d'un nouveau "traité constitutionnel" européen. Le nouveau
traité constitutionnel entrera ainsi dans l'histoire comme le nouveau traité de Rome
(bis). Il s'agit du ènième, après les traités de Maastricht, d'Amsterdam et de Nice.
Le traité devra mettre l' Union européenne, entre-temps élargie à 25 états membres,
sur les rails de l'efficacité Il est en effet évident qu'une union de 25 états - plus
tard se transformant en une union de peut-être 35 pays - ne peut fonctionner de la même
manière qu'une communauté de 12 pays. Une croisée des chenmins existentielle a été
atteinte. Sans une réforme intégrante du processus décisionnel l'Union risque de se
diluer en une vague zone de libre échange, un méli-mélo incohérent, appelée
prémonitoirement par Jacques Delors "une désunion" où une
"dés-Europe". Les responsables politiques de l'Union sont placés devant un
dilemme crucial: approfondir ou diluer.
Le bilan de la convention européenne est, malgré des insuffisances et
des lacunes, plutôt positif. À moins que l'on ait attendu qu'un consensus se fût
manifesté rapidement pour proclamer une vraie fédération européenne. L'Union
européenne reste en effet duale, ce qui signifie que d'une part un nombre de compétences
est exercé de manière intégrée, communautaire et dès lors supranationale par les
institutions européennes et que d'autre part une série de compétences nationales est
soumise à la concertation et la coopération des gouvernements nationaux.
On peut affirmer que la méthode de la convention a prouvé son acuité
et sa solidité, aussi et surtout en ce qui concerne les résultats obtenus, dans la
mesure où ils constituent une préparation et une orientation de très grande valeur pour
les ministres qui devront négocier un accord final au sein de la conférence
intergouvernementale.
Recommandations
et propostitions
Dans une série de domaines, la convention a réalisé des progrès et
des percées importants.
* Le nouveau traité - peut-être le traité de Rome bis, à signer
sous présidence Italienne prendra la forme d'un véritable traité
constitutionnel, ce qui signifie qu'il s'agira d'un traité (re)fondateur pour l'avenir
d'une Union européenne élargie. On peut difficilement faire plus. Il faudra par ailleurs
encore convaincre ceux qui craignent l'émergence d'une Union européenne super-Etat. La
proclamation d'une constitution européenne à l'issue de la conférence
intergouvernementale fin 2003, entrera sans aucun doute dans les livres d'histoire comme
étant une étape essentielle du développement de l'Union.
* D'intenses discussions et controverses ont eu lieu au sujet du
préambule du projet de constitution et le souhait de beaucoup de conventionnels d'y
inclure une référence à l'héritage culturel, spirituel et humaniste de l'Europe. Pour
les chrétiens il est toutefois décevant qu'aucune mention explicite de l'importance du
patrimoine spirituel chrétien n'ait pu être formulée.
* Il est significatif que la convention ait déterminé dans sa
dernière séance les symboles de l'Union, son drapeau (12 étoiles), son hymne
(Beethoven), sa monnaie (l'Euro) et le jour (férié) de la fête européenne. Tous des
symboles qui revêtent une grande signification psychologique et identitaire pour les
citoyens européens.
* Le nouveau traité fera la synthèse de tous les traités existants.
Il est en plus louable de faire un effort de simplification et de clarification des textes
en essayant de les rendre plus lisibles pour un public mal informé et souvent
indifférent.
* La charte des droits fondamentaux, élaborée en 1998-99 par la
première convention, sera enfin intégrée dans le traité constitutionnel, lui
attribuant de ce fait une grande portée politique et juridique.
* La personnalité juridique sera conférée à l'Union européenne. Il
peut sembler paradoxal qu'après plus de 50 ans d'intégration européenne, l'on songe
enfin à octroyer à l'Union le statut de personne morale, laquelle en cette qualité sera
adressable et responsable. En tant que personne juridique, l'Union européenne et non plus
uniquement chaque état membre, sera partie prenante au traité européen des droits de
l'homme et l'Union (et ses composantes) devra également se soumettre à l'avenir aux
mécanismes de protection des droits de l'homme et la juridiction de la cour européenne
pour les droits de l'homme siègant à Strasbourg.
* La convention a longuement examiné la question de savoir si la
'subsidiarité 'ne devrait pas être soumise à un jugement d'opportunité et donc
politique, préalablement aux initiatives prises par la commission, afin de prévenir que
des réglementations européennes inutiles ou excessives ne voient le jour. La réponse
des conventionnels fut affirmative. Dans la situation présente ce sont la commission et
la cour de justice - la dernière ex post - qui jugent en vertu des traités de la
nécessité de transférer certaines compétences nationales vers les institutions de
l'Union. Le débat en l'occurrence est fondamental puisqu'il s'agit de définir les
limites de la supranationalité et donc de tracer le périmètre des domaines
communautairement intégrés. Le simple prononcé du mot 'supranationalité' est déjà de
nature à susciter l'allergie de certains gouvernements européens. La convention, après
des délibérations souvent difficiles, a concocté un compromis que prévoit qu'une
majorité des parlements nationaux peut décider que certaines questions ne peuvent être
traitées par les instances européennes et dès lors doivent demeurer de la compétence
des états membres.
* Une autre innovation importante, présentée par la convention, est
la suppression de la structure des trois piliers, conséquence logique de l'attribution de
la personnalité juridique à l'UE. Le traité de Maastricht de 1992 a en effet réparti
les compétences de l'Union européenne entre trois grandes catégories, appelées
piliers. Le premier pilier comprend toutes les compétences communautaires, comme la
politique agricole, le marché intégré, l'union monétaire
En ces domaines la
commission européenne dispose d'un droit exclusif d'initiative en ce qui concerne la
formulation de propositions, le parlement européen exerçant son pouvoir de co-décision
pour les matières communautarisées. Au niveau du conseil des ministres les compétences
du premier pilier sont dans beaucoup de cas soumis à la règle de la majorité
qualifiée. L'exception prévalant pour la fiscalité et la politique sociale où
l'unanimité est exigée. Le deuxième pilier comprend la politique étrangère et de
sécurité commune (PESC); elle est restée intergouvernementale et donc tributaire de
décisions prises à l'unanimité, ce qui implique que chaque pays dispose d'un droit de
véto. Une vague formule de coopération renforcée fut rendue possible à Maastricht et
Amsterdam mais sous des conditions tellement restrictives que l'application en devint
théorique. Le troisième pilier recouvre les compétences relatives à la sécurité
interne de l'UE, la politique policière et de justice et aussi toutes les questions
concernant la politique d'immigration et d'asile. La convention a proposé de
communautariser la plupart des compétences du troisième pilier, ce qui constitue un
progrès très important. Il est en outre prévu qu'un quart des états membres peut au
conseil des ministres européen proposer de prendre des mesures législatives en la
matière, sans préjuger des initiatives à prendre par la commission.
* Une autre idée importante concerne la création d'un parquet
européen, toutefois à réaliser par consensus unanime du conseil européen et à
condition que les tribunaux nationaux restent chargés de la procédure pénale.
* Les compétences de la commission européenne en matière de
politique économique et budgétaire sont renforcées et plus particulièrement les
pouvoirs de la commission en cas de non-respect par les états membres des normes
budgétaires, e.a. fixées par le pacte de stabilité. Les pays qui appartiennent à la
zone euro (les 12) sont autorisés à orienter et à gérer en commun leur politique
économique (economic governance). La nécessité de prévenir des déficits
budgétaires excessifs est toutefois rappelée avec vigueur.
* Le traité constitutionnel remplace les différentes compétences
européennes par une distinction plus cohérente entre d'une part les compétences
communautaires et d'autre part les compétences intergouvernementales, visant la
coopération entre pays. Les compétences communautaires seront davantage mais pas
dans tous les cas - soumises à la règle de la majorité qualifiée, qui est étendue à
22 nouveaux domaines. Les compétences intergouvernementales, requérant le consensus et
donc l'unanimité, accordent de ce fait un droit de véto à chaque membre. C'est la
raison pour laquelle la formule de la "coopération renforcée" est conseillée
en tant que méthode permettant de tourner le problème du droit de véto. La
coopératioin renforcée autorise en effet un nombre restreint d'états d'aller de l'avant
sur la voie de l'intégration et de la collaboration, sans que les autres états ne
peuvent les en empêcher. La conventioin propose de simplifier les procédures et les
condtions de la coopération renforcée et de l'appliquer aussi à la politique de
défense alors que la coopération renforcée depuis Amsterdam était déjà
théoriquement applicable à la politiqie étrangère - . Toutefois en matière de PESC
c'est le conseil européen qui doit l'autoriser et cela à l'unanimité.
* Le projet de traité, élaboré par la convention, mentionne que la
législation européenne prime sur les lois nationales, ce qui implique que la hiérarchie
des normes est clairement confirmée. Les mesures législatives relevant actuellement du
parlement européen et qui constituent une vingtaine de catégories différentes, seront
radicalement réduites en nombre. L'on distinguera dorénavant les compétences exclusives
de l'union, les compétences partagées et les compétences d'appui. Une autre distinction
importante concerne les actes législatifs et exécutifs.
* Le rôle du parlement européen est renforcé grâce à l'extension
de la co-décision (avec le conseil des ministres) à 80 domaines contre 37 aujourd'hui.
Le parlement européen deviendra aussi compétent pour l'approbation des traités
internationaux conclus par l'UE.
* La règle de la majorité qualifiée dans les conseils des ministres
pourra être appliquée à de nouveaux domaines grâce à une décision prise à
l'unanimité par le conseil européen, sans devoir suivre la procédure lourde
d'approbation, actuellement en vigueur et impliquant une décision favorable par une
conférence intergouvernementale, une modification des traités et une ratification par
les parlements nationaux.
* Le conseil des affaires générales est désigné expressément en
tant que conseil législatif et fonctionnera donc comme une sorte de deuxième chambre à
côté du parlement européen. Dans l'exercice de ses fonctions de législateur, les
réunions du conseil seront publiques. Toutefois le conseil des affaires générales
conservera ses importantes compétences exécutives, ce qui peut poser un problème de
cohèrence.
* Très importante est la proposition de faire présider le conseil
européen par un président permanent, désigné par le conseil européen pour une
période de deux ans et demi, afin de mettre fin à l'actuellle présidence tournante des
états membres se succédant pour une période de six mois. Cette proposition a donné
lieu à beaucoup de controverses. Elle fut d'abord et avec insistance avancée par le
président de la convention, Valéry Giscard d'Estaign. Présentée comme une suggestion
personnelle elle fit d'emblée à la une des médias écrits et audiovisuels. Il est
évident que VGE a finalement réussi à convaincre une majorité de conventionnels. La
nomination d'un président du conseil européen est devenue la conclusion la plus
spectaculaire de la convention. Pour éviter que le président de l'union n'éclipse le
président de la commission une crainte exprimée par beaucoup de membres de la
convention le président du conseil européen sera le chairman du conseil
européen, donc un président de séance et non pas le "président de l' Union".
Bien que le danger existe, en fonction aussi de la personnalité qui sera nommée, que ce
présient du conseil s'arroge les allures d'un président - provisoirement officieux - des
Etats Unis d'Europe. Un autre danger potentiel est que le nouveau président du conseil
européen forme avec le président de la commission un couple désuni et querelleur au
sommet d'une Union européenne à direction bicéphale.
* Le poste de l' actuel haut représentant pour la politique
étrangère et de sécurité, à savoir M. Xavier Solana, devra, selon la convention,
être transformé en une fonction à part entière de ministre des affaires étrangères
de l'union. Cette personnalité exercera en même temps la vice-présidence de la
commission. Il s'agit d'une innovation importante et nécessaire, destinée à donner plus
de profil à la PESC, laquelle par ailleurs restera intergouvernementale, malgré la
possibilité (marginale) prévue par la convention de passer à la coopération
renforcée. Le ministre des affaires étrangères de l'Union sera en outre autorisé à
créer et à développer un service diplomatique propre. Au sujet de la présidence des
autres conseils, la convention propose une concertation ultérieure.
* Le nombre de membres de la commission européenne sera à partir de
2009 limité au nombre des états membres (un par pays; donc 25 après l'élargissement
actuel). Lors d'élargissements ultérieurs, une nouvelle solution devra intervenir. Aussi
est-il suggéré d'opérer une distinction entre d'une part des commissaires ayant un
droit de vote ou une voie délibérative (probablement 15 commissaires formant ensemble le
collège exécutif) et d'aure part les commissaires ordinaires sans droit de vote. Les 15
commissaires à part entière seraient désignés sur base d'une rotation entre les états
membres.
* Le président de la commission pour sa part obtient un poids plus
nettement politique et exercera un plus grand pouvoir sur la composition de la commission.
Il pourra aussi destituer des commissaires, qui posent problème. Mais il n'en demeure pas
moins que c'est toujours le conseil européen qui désignera le président de la
commission, cette désignation devant être approuvée par le parlement européen. Ce qui
d'ailleurs vaut aussi pour la commission dans son ensemble.
* La suggestion du président V.Giscard d'Estaign de faire élire le
président de la commission - et éventuellement aussi le président du conseil européen
- par un "congrès européen" n'a pas été retenue. Un tel congrès européen
aurait dû prendre la forme d'une vaste assemblée, composée des membres du parlement
européen et de délégations de tous les parlements nationaux. L'élection du président
de la commission et éventuellemnt d'autres hauts responsables européens aurait renforcé
leur légitimité démocratique. Le congrès aurait aussi pu jouer un rôle dans
l'approbation des futurs traités de l'Union en allégeant la tâche des parlements
nationaux. La convention a toutefois hésité à créer un "super-parlement",
qui aurait tôt fait de s'ériger en rival du parlement européen.
* En ce qui concerne la politique de défense, un premier pas très
modeste a été fait sur la voie d'une possible coopération renforcée entre un nombre
restreint d'états, qui s'accorderaient, sous la forme d'un protocole, sur une politique
de défense commune. Cette possibilité pourrait conduire à la création d'une
embryonnaire union européenne de sécurité et de défense, à l'instar de l'union
monétaire. Quant aux compétences militaires à partager dans le cadre d'une coopération
renforcée, la convention mentionne certaines initiatives dans les domaines de
l'intervention humanitaire et du maintien de la paix (peace keeping; les tâches de
St.- Petersberg).
* Le traité constitutionnel reprend également un article relatif à
la sécurité commune et la solidarité défensive entre les états membres. Il s'agit
toutefois d'une solidarité limitée aux cas de menaces terroristes ou de lutte contre les
conséquences de catastrophes naturelles. La formule, retenue dans les propositions de la
convention, ne contient cependant pas de véritable clause d'assistance mutuelle, y
compris une assistance militaire, au cas où un état membre se trouverait menacé ou
attaqué. Une telle disposition de défense collective figure entre autres dans le traité
de Washington, créant l'OTAN, à l'article V - devenu célèbre lorsqu'il a été
évoqué et appliqué pour la première fois après l'attentat terroriste du 11 septembre
2001 aux États-Unis. Le traité de Bruxelles, qui fonde l'union de l'Europe occidentale (
l'UEO étant le bras armée de l'UE comptant 10 membres à part entière) prévoit un
article V similaire relatif à l'assistance collective. L'Union européenne n'est pas
encore parvenu à résoudre le problème de l'assistance réciproque en cas d'agression
extérieure contre un état membre, étant donné qu'un nombre de pays neutres à
l'intérieur de l'Union rejettent toute obligation d'assistance militaire. Neutralistes et
Atlantistes semblent paradoxalement s'accorder sur la conclusion que chaque mécanisme
d'assistance crédible passe nécessairement par la solidarité entre membres de l'OTAN,
à moins que l'on maintienne le traité de l'UEO pour les pays qui aujourd'hui en sont
membres. Cette possibilté est évoqué dans un texte de la convention où est indiqué
que les États membres, qui le souhaiteraient, pourraient entre eux élaborer une clause
de défense collective.
* La convention a longuement débattu de la possibilité pour un état
membre de se retirer de l'UE. La question n'a pas été pleinement abordée dans la mesure
où l'on a hésité à évoquer l'hypothèse de l'expulsion d'un état membre, en flagrant
délit de non-exécution de ses obligations communataires.
* En ce qui concerne la révision future du traité constitutionnel, un
droit d'initiative est accordé au parlement européen et la possibilité de convoquer à
nouveau, le cas échéant, la convention européenne comme instrument d'une nouvelle
réforme institutionnelle. Les conventionnels manifestant ainsi leur souhait de voir la
convention exercer un rôle plus permanent ou du moins "répétitif" au sein de
l'Union européenne. La reconvocation de la convention sera toutefois tributaire d'une
décision unanime du conseil européen.
Omissions
Avant de passer au crible les nombreuses propositions de la convention,
déplorons que les textes rédigés ne réfutent pas avec suffisamment de vigueur une
série de lieux communs et de critiques non fondées adressées à l'intégration
européenne dans son ensemble.
* C'est ainsi que médias et faiseurs d'opinions prétendent aisément
que l'Europe d'aujourd'hui s'essouffle faute d'un grand dessein ou d'un projet comporable
à la création du grand marché interieur ou à l'Union monétaire. Cette analyse
défaitiste manque totalement de pertinence. L'introduction de l'Euro le premier janvier
2002 dans douze pays de l'UE est un événement historique de première importance de
nature aussi à affecter la vie personnelle de chaque européen. La comparabilité
transfrontalière des prix des biens et des services est acquise. Un marché transparent
avec une monnaie unique régi par une concurrence, contrôlé par la commission, est en
premier lieu avantageuse pour le consommateur et est un puissant facteur de promotion de
la prospérité. Une autre césure avec le passé est le très prochain élargissement de
l'UE. Le continent européen entier jusqu'à la frontière russe ferme ainsi la
paranthèse sur le 20e siècle, le plus sanglant et le plus douloureux de tous les
siècles en Europe. Ces deux mutations révolutionnaires - l'euro et l'élargissement
étaient totalement impensable avant la chute du mur de Berlin il y a a peine douze
ans. Il est vrai que le citoyen européen se sent souvent désemparé et anxieux dans un
mond qui change radicalement, non pas parce que l'Europe évolue trop lentement, mais
parce que dans sa perception les changements sont trop rapides et trop discontinus. Le
grand défi demain est de phaser l'élargissement, ce qui est nécessaire pour des raisons
économiques, tout en accélérant l'unification politique du vieux continent. Un autre
formidable défi est de transfomer l'Europe qui est et deviendra de plus en plus
multiculturelle en une communauté interculturelle ouverte et tolérante. C'est là un
grand dessein qui mobilisera toutes les énergies.
* Une autre récrimination anti-européenne souvent entendue concerne
le déficit démocratique de l'Europe. Il existe en effet une grande désaffection de
l'électorat européen chaque fois qu'il faut élire le Parlement européen. Faut-il en
conclure que l'Europe souffre d'un grave déficit démocratique, comme le veut la
"sagesse conventionnelle'? La réponse mérite d'être nuancée. Au niveau formel la
représentation démocratique des populations européennes sous sa forme parlementaire est
pléthorique, voire "énorme". Le Parlement européen, après l'élargissement
et l'adhésion des 12 pays candidats comptera 732 membres. Et si l'on additionne les
membres des 25 ou des 27 parlements nationaux (après l'adhésion de la Roumanie et de la
Bulgarie) dans l'Union de demain et après-demain, l'on arrive à au moins 8000
parlementaires, sans compter la galaxie des représentants politiques, élus au suffrage
universel au niveau des régions et des pouvoirs décentralisés. Il se peut qu'il y ait
plutôt sur- que sous-représentation.
Plus que le déficit démocratique, tant décrié, c'est le déficit
d'information de la part des citoyens européens qui me paraît inquiétant. Pour le
commun des mortels l'introduction de l'Euro fut la première et seule preuve tangible de
l'existence de l'Europe. Le fonctionnement de l'Europe en revanche est largement inconnu.
Les gens croient que l'Europe coûte les yeux de la tête et ignorent que le budget annuel
de l'Europe y compris la dispendieuse politique agricole n'excède point
1,06% de PIB des 15 pays membres de l'Union Européenne. Il s'imaginent que l'entrée de
10 nouveaux membres désequilibrera notre marché intérieur et le marché du travail,
alors qu'aujourd'hui les importations des 10 pays candidats vers les 15 de l'Union ne
réprésentent que 3,5% de la totalité des importations de l'UE et que le produit
intérieur brut des 10 pays attient à peine 4% du PIB européen, ce qui est nettement
moins que celui du seul Benelux. Ce dernier chiffre relativement bas démontre que
l'entrée des 10 pays dans l'Union devrait, au moins à terme, être assez facilement
absorbable. Comme l'Europe est en premier lieu une question de gestion quotidienne et non
pas de débats, d'événements ou d'incidents spectaculaires, les médias
particulièrement les visuels n'y portent qu'une attention occasionnelle. Le
déficit d'information qui est aussi un déficit de pédagogie au niveau de
l'enseignement - se transforme en désintéressement généralisé de la part du citoyen
européen. Sa démotivation constitue finalement un déficit d'opinion. Il n'est
donc pas étonnant qu'au sein de la convention européenne l'on suscite l'idée de donner
un visage à l'Europe, d'incarner sa politique afin de pallier sa grisaille et son
caractère impersonnel et presque abstrait. L'Europe aujourd'hui subit trop le règne d'
"ON". On propose, On décide, On décrète au-dessus de la tête des gens.
L'Europe est frappée d' "ONITUDE".
* Un autre dogme souvent décrété veut que l'Union européenne soit
une entreprise asociale, car trop exclusivement axée sur l'intégration économique. Il
est manifeste que sur le plan d'une meilleure protection sociale l'UE a de grandes
responsabilités à exercer. C'est la raison pour laquelle le traité d'Amsterdam a
intégré le fameux protocole social. Prétendre toutefois que l'Europe serait
foncièrement asociale relève dans la meilleure des hypothèses d'une une évaluation
totalement superficeille et inexacte de ce que fait l'Union et dans la pire de démagogie
préméditée. Toutes les études économiques indiquent que sans l'intégration
européenne le niveau de vie en l'Europe occidentale serait aujourd'hui d'au moins un
tiers inférieur à ce qu'il est. Le pouvoir d'achat de l'européen depuis 1945 s'est vu
multiplié par six, alors que dans tous les pays membres de l'Union un vaste système de
sécurité sociale vit le jour. Sans institutions européennes, les fermetures
d'entreprises et les délocalisations eussent probablement été plus fréquentes et
brutales. Ce qui bien entendu n'est pas encore une excuse pour des fermetures aussi
contraires à la législation et le savoir faire soial que celle de Renault.
L'analyse du budget européen enseigne en outre que 70 à 80% des
dépenses peuvent être considérées comme ayant un caractère social. Certes, le budget
européen est pour moitié consacré à la politique agricole commune (la PAC) à travers
un mécanisme compliqué de prix minima, des subventions et des prélèvements. Mais cette
politique est éminemment sociale et d'ailleurs très discutable sur le plan
purement économique - dans le but de garantir aux agriculteurs européens un revenu, qui
tienne compte de l'évolution générale du pouvoir d'achat pour les autres catégories de
la population active. Les fonds structurels et régionaux, les efforts de l'Union
européenne en matière de coopération au développement dans les pays du tiers-monde,
les initiatives nombreuses pour soutenir l'enseignement, la recherche scientifique et la
promotion des contacts et échanges entre enseignants et étudiants européens
s'inscrivent tous dans une optique et une politique à caractère social.
Le déficit social n'est pas le plus grand défi de l'Europe. Plus
inquiétant est le déficit de solidarité qui marque la mentalité de beaucoup
d'européens. On n'est jamais assez solidaire. L'individualisme post-moderne est le vrai
défi social.
* Une autre sagesse conventionnelle, parfaitement fallacieuse,
proclamé à haute voix, veut que l'on considère l'euro et l'union monétaire comme des
acquis définitifs. C'est là une manifestation de confiance téméraire, que l'on
pourrait appeler "l'hubris monétaire". L'euro doit être défendu
quotidiennement par une politique économique, fiscale, sociale et budgétaire de mieux en
mieux coordonnée en évitant par ailleurs les déséquilibres macro-économiques, surtout
en ce qui concerne les déficits budgétaires et les déficits des balance des paiements,
l'inflation des prix et des coûts de production. Les controverses relatives aux déficits
publics en Allemagne, en France et en l'Italie ( dépassant les 3% du PIB), conduisant à
l'affaiblissemnt du pacte de stabilité, ne sont pas sans danger. En période de crise
économique et de grand chômage une politique de relance keynesienne par un déficit
spending judicieux peut être recommandable, pour autant que les dépenses soient
orientées vers des secteurs à grand effet multiplicateur, comme les travaux publics et
l'infrastructure en général. Mais l'augmentation des dépenses de consommation est
totalement contre-indiquée pour des états membres dont l'endettement public est encore
trop éloigné de la norme de 60% du PIB. En outre il devient urgent de constituer des
réserves bugétaires en vue du financement futur des retraites, étant donné la forte
réduction de la population active au cours des prochaines décennies.
Que l'euro n'est pas un acquis définitif, est coroboré par un autre
constat. Il existe de par le monde des pays sans monnaie. C'est entre autres le cas du
Grand Duché du Luxembourg, où le franc belge eut cours avant l'introduction de l'euro.
En revanche il n'existe aucune monnaie sans état ou du moins sans "ancrage dans une
strucure étatique". Les accords de Bretton Woods après la seconde guerre mondiale
ont crée les "droits de tirages spéciaux", comme instruments de crédits.
D'aucuns y virent l'embryon d'une monnaie internationale. Ce fut un échec pour la simple
raison que le Fonds monétaire international n'a jamais transcendé le niveau de la
coopération multilatérale et intergouvernementale.
En clair l'expérience au sein du FMI enseigne que l'euro restera un
instrument monétaire fragile si l'UE ou au moins l'Union monétaire n'évoluent pas vers
une structuration de plus en plus intégrée et donc à caractère fédérale. La
convention aurait dû le proclamer avec force.
* Reste un autre aspect où la convention me semble avoir péché par
omission et qui concerne les fluctuations de change entre l'euro et le dollar. Après son
lancement sous sa forme scripturale le 1 janvier 1999, l'euro a connu une phase de
dépréciation. A partir de juin 2002 le contraire s'est produit au point qu'aujourd'hui
l'euro quote largement au-dessus du pair par rapport au dollar. Ces mouvements erratiques
sur les marchés contribuent à déstabiliser les relations économiques en l'occurrence
entre les deux blocs économiques les plus importants du moment, à savoir l'Europe et les
Etats-Unis. Il n'est pas sans pertinence de se demander si le temps n'est pas venu
d'envisager une politique monétaire et de change plus concertée entre l'Amérique et
l''Europe, entre la zone dollar et la zone euro? Il est peut-être trop top d'envisager la
création d'un système monétaire atlantique (AMS) entre l'UE et les EU, mais des
interventions stabilisatrices sur les marchés de change sont certainement possibles et
souhaitables.
Evaluation
critique
Les imperfections, les insuffisances et les lacunes des
recommandations, des conclusions et propositions de la convention européenne, soumises à
la conférence intergouvernementale, ne sont pas négligeables, nonobstant les
remarquables progrès réalisés.
* Toutes les propositions de la convention ont été approuvées par
consensus. La présidence de la convention a toutefois soigneusement évité de préciser
ce qu'il fallait entendre par "consensus". Des votes par appel nominal n'on
jamais été émis au cours des travaux de la convention. Il n'est pas improbable que
quand les ministres des états membres débattront des conclusions de la convention
au sein de la conférence intergouvernementale qui se réunira avant la fin de 2003 -
d'importantes dissensions se manifesteront rapidement.
* Une deuxième grande faiblesse des conclusions de la convention se
rapporte au problème capital du financement des budgets communautaires au-delà de 2006,
plus particulièrement à la lumière de l'élargissement. L'incertitude quant au
financement futur de l'UE, risque de dégénérer rapidement en un grave et difficile
conflit entre pays plus riches et plus pauvres, entre contributeurs nets et receveurs
nets, entre pays où le secteur agricole demeure important et pays comptant relativement
peu d'agriculteurs, entre grands pays et petits pays
. D'un point de vue purement
communautaire, la levée d'un impôt européen par le parlement européen (quelques
eurocents sur l'essence) serait de loin la meilleure solution. Elle déchargerait les
gouvernements et les parlements nationaux d'une responsabilité désagréable et
impopulaire. En outre l'introduction d'un véritable impôt européen constituerait un
symbole fort - tout comme l'introduction de l'euro - et prouverait que l'Europe existe
effectivement.
* Une autre objection grave aux propositions de la convention concerne
le maintien de la règle de l'unanimité dans encore trop de domaines, même dans ceux
appartenant à l'ancien premier pilier. Il s'agit entre autres de la fiscalité et de la
politique sociale. Mais aussi la politique étrangère et de sécurité (PESC), jusqu'ici
exercée au sein du deuxième pilier, relève encore très largement de la règle de
l'unanimité, bien qu'une formule très conditionnelle de coopération renforcée ait
été rendue possible L'unanimité, accordant un droit de véto à chaque état membre,
rend l'harmonisation de la politique fiscale et sociale particulièrement difficile, au
moment ou le maintien et le développement de l'union monétaire exigent plus de
convergence en ces domaines. Les extrêmes difficultés qui ont surgi en matière
d'harmonisation de la fiscalité de l'épargne, prouvent à l'excès l'inefficacité du
processus de décision actuel.
* Les propositions de la convention recèlent une autre grave menace
pour la cohésion interne de l'UE, à savoir la possibilité offerte aux grands états de
s'ériger en directoire dominant. La convention suggère en effet de modifier radicalement
le mode de vote au sein des conseils des ministres en supprimant la procédure de vote,
définie par le traité de Nice et prévoyant que chaque état membre disposerait d'un
nombre de voix pondérées (12 pour la Belgique). Les conventionnels veulent remplacer le
vote pondéré par la règle de la double majorité, dans tous les domaines où
aujourd'hui une majorité qualifiée est requise. La double majorité signifie
concrètement qu'une mesure ne pourra être approuvée par le conseil des ministres que si
la moitié des états vote en faveur, pour autant que ces états représentent entre eux
au moins 60% de la population européenne. Dans certains cas il faudra une majorité des
deux tiers des pays. La clause démographique avait déjà été introduite par le traité
de Nice mais uniquement comme une faculté pouvant être évoquée par les états membres
de l'UE. Avec les propositions de la convention, le critère de population devient la
règle. Étant donné que 60% de la population européenne, représentée autour de la
table du conseil des ministres, est requise pour approuver toute proposition, une
coalition de pays totalisant 40% de la population de l'Europe disposera d'une minorité de
blocage. Or il se fait que l'Allemagne, la Grande Bretagne et la France comptent 42% des
habitans de l'Europe. Ces trois pays, s'ils s'entendent, peuvent empêcher l'approbation
de toute mesure proposée, émanant de la commission ou du conseil des ministres. A eux
trois ils forment une sorte de directoire. D'autres combinaisons de pays sont bien entendu
possibles pemettant à une minorité de pays d'avoir une influence déterminante et
totalement disproportionnée.
* La proposition de rendre les parlements nationaux compétents en
matière de subsidiarité en les habilitant a émettre un jugement à une majorié
qualifiée de p.e. deux tiers - au sujet de l'opportunité soit de
"communautariser" soit de "nationaliser" le traitement de nouveaux
problèmes, imlique un danger d'affaiblissement de l'intégration.
Le système proposé n'est pas sans graves inconvénients. Certains
états pourraient abuser d'une nouvelle répartition des pouvoirs afin de réduire les
compétences communautaires, de supprimer les compétences résiduaires de la commission,
d'affaiblir la subsidiarité "vers le haut" (le tranfert de compétences des
pays membres vers l' Union européenne) et de renationaliser certaines politiques
communautaires telle la politique agricole.. La notion de"subsidiarité" depuis
les négociations du traité de Maastricht, est devenue une notion clé pour la
définition des relations entre d'une part les compétences supranationales et communes et
d'autre part les compétences restées nationales des états membres. En tant que ministre
des affaires étrangères, j'ai pu vivre comment en 1991 le président de la commission,
Jacques Delors, à l'occasion d'une réunion informelle des ministres des affaires
étrangères à Parknasilla en Irlande, a sorti de son chapeau de magicien la notion de
subsidiarité, à un moment ou les tractations entre communautaristes et
intergouvernementalistes étaient dans l'impasse. Jacques Delors, qui dans sa jeunesse en
tant que militant du syndicat chrétien avait suivi un cours consacré à l'enseignement
social de l'église, nous rappela que dans l'encyclique pontificale "Quadragesimo
Anno", publiée à l'occasion du 40ème anniversaire de cette autre grande
encyclique sociale "Rerum Novarum", le mot "subsidiarité" fut
à plusieurs reprises utilisé. Le pape Pie XI affirmait en effet que l'initiative privé
devrait pouvoir se développer sans entraves tant sur le plan économique que social et
culturel - l'église visait en l'occurrencce la liberté de l'enseignement catholique - le
gouvernement et l'état ne pouvant intervenir uniquement qu'au cas où l'initiative
privée serait manifestement en défaut et incapable d'apporter une solution. J. Delors
proposa d'appliquer ce principe de subsidiarité aux relations entre les compétences
communautaires de l'Union et les compétences des états membres. Les états nationaux
resteraient chargés de toutes leurs responsabilités, sauf quand cela s'avérerait
manifestement impossible pour des raisons d'efficacité et non pour des raisons
idéologiques (fédéralistes). Cette conception fit rapidement l'unanimité, même de la
part des Britanniques, qui y voyaient une clause majeure de sauvegarde de leur autonomie
nationale. La subsidiarité est cependant a double sens: les compétences demeurent au
niveau le plus bas c.à.d. celui des états et éventuellement de leurs composantes (les
régions en Belgique), mais dès lors que certains problèmes révèlent des
caractéristiques transfrontalières et appellent une solution commune, il faut que les
compétences puissent être exercées au niveau des institutions de l'Union. L'expérience
de ces dernières années a démontré qu'effectivement de plus en plus de défis et de
problèmes requièrent la mise en pratique de la subsidiarité "ascendante",
alors que la discussion, particulièrement au sein de la convention, s'est principalement
concentrée sur le renforcement de la subsidiarité "descendante". Affaiblir la
subsidiarité ascendante dans le cadre d'une redéfinition des compétences (
komptenzabgrenzung), en abandonnant les décisions en la matière à la discrétion
des parlements nationaux, signifierait un grand pas en arrière pour l'intégration. En
laissant décider les parlements nationaux (ou une majorité qualifiée de parlements) de
l'application de la subsidiarité on risque en plus d'ouvrir la voie à l'incohérence et
aux conflits d'intérêts nationaux .
* L'harmonisation nécessaire de la politique économique, budgétaire
et financière parmi les pays, membres de l'union monétaire, est insuffisamment
facilitée dans les textes de la convention, au moment où, confrontée à une
inquiétante crise économique, la politique économique européenne manque de cohérence
et de vigueur. L'impression prévaut que les instances européennes se retrouveraient
désarmées à commencer par les douze membres de la zone euro si les
difficultés économiques de l'heure devaient dégénérer en déflation, comme c'est le
cas au Japon.
* Le traité constitutionnel sur lequel la conférence
intergouvernementale devra se prononcer, n'est certes pas le dernier traité dans
l'histoire de l'Union européenne. La procédure maintenue pour la modification des
traités reste très lourde et exigera, après l'élargissement, l'assentiment
(gouvernements + parlements + dans certains pays réferendum populaire) d'au moins 25
états dans un premier temps et plus tard peut-être de plus de 30 états membres. La
chance que l'unanimité soit atteinte devient de moins en moins probable pour les futures
adaptations structurelles de l'Union, ce qui aura un impact paralysant sur l'évolution
ultérieure de l'Union européenne. Le président V. Giscard d'Esraing s'en est consolé
en déclarant que la nouvelle constitution de l'Union sera valable pendant au moins 50
ans. Mais rien n'est moins sûr.
* La recommandation de créer une fonction de président du conseil
européen est certes importante et spectaculaire. Mais comment éviter un conflit de
compténces ou de personnes avec le président de la commission. Il est vrai que le
système actuel d'une présidence de 6 mois, à tour de rôle exercée par chaque pays
membre, manque de continuité et de stabilité. Bien que l'obligation pour chaque état
d'exercer les hautes responsabilités de la présidence se révèle être mobilisatrice et
motivante. C'est la raison pour laquelle il paraît préférable d'envisager une
présidence exercée conjointement par trois pays (la formule de la troïka) pendant 18
mois, mais avec une succession désynchronisée à l'intérieur de la troïka. Le
président aurait alors la responsabilité de coordonner les tâches des trois pays.
* La proposition de la convention de transformer le conseil des
affaires générales en législateur, ses séances devenant publiques, appelle également
les plus expresses réserves. La publicité des débats, sous les feux de la rampe maniés
par les médias, risque de contraindre les ministres autour de la table à défendre des
attitudes plus électoralistes. Une exacerbation et surenchère nationaliste sont
probables dans certains dossiers délicats. Mais il y a plus grave d'un point de vue
principiel: c'est la violation du principe de séparation des pouvoirs, le conseil des
affaires générales exerçant pleinement mais simultanément ses fonctions de
législateur et de composante du pouvoir exécutif. Il faudrait transférer en toute
logique les compétences législatives du conseil vers une institution parlemenatire élue
démocratiquement, en l'occurrence le parlement européen pour les matières
communautaires et une assemblée inter-parlementaire (composée de délégués des
parlements nationaux) pour tout ce qui est inter-gouvernemental. Les ministres, qui
s'arrogent des compétences législatives, ne sont souvent même pas élus au sein de leur
parlement national ou sont contraints de démissionner, ce qui est le cas en Belgique..
* La politique étrangère et de sécurité (PESC), restée très
largement intergouvernementale, sera à la merci de pays dissidents qui empêcheront le
consensus. Comme se fut le cas lors de la récente guerre contre l'Irak. La grande
désunion de l'Union en matière de PESC est probablement la cause principale de son
manque de crédibilité et d'une influence sous-évaluée sur l'échiquier mondial. Le
nouveau ministre des affaires étrangères de l'UE, une fonction essentielle prévue par
la convention, qui est supposé donner plus de cohérence et de visibilité à la PESC,
pourra dificilement prendre son envol, si la prise de décision au sein du conseil
européen et du conseil des affaires étrangères reste subordonnée au consensus de tous
les pays membres.
La convention ne dit rien non plus au sujet des relations futures de
l'Union européenne avec d'autres pays et groupes de pays et plus particulièrement avec
les États-Unis d' Amérique et la Russie, partenaires absolument obligés dans le
contexte d'une évidente realpolitik .
* Il est regrettable que la convention ait refusé de prendre en
considération la création d'une assemblée interparlementaire, et cela sous la pression
du parlement européen. Une assemblée inter-parlementaire, composée de délégations des
25 parlements nationaux aurait un rôle important à jouer, dont e.a. le contrôle
parlementaire exercé sur les importantes compétences restées intergouvernementales au
sein de l'Union. Le point de vue de la convention selon lequel la PESC et notamment la
politique de défense relèvent uniquement du contrôle des parlements nationaux, est trop
restreint et ne tient pas compte de la nécessité de disposer d'un mécanisme de
contrôle inter-parlementaire pour l' intergouvernemental. A compétence
intergouvernementale il faut un socle interparlementaire. La coopération des
gouvernements ne peut être examinée et jugée efficacement qu'au sein d'une structure
parallèle de coopération entre les parlements nationaux. Une assemblée
interparlementaire serait appelée à statuer sur l'opportunité, la portée et le contenu
de chaque politique de coopération, éventuellement en approuvant ou en désapprouvant
les mesures prises par l'ensemble des gouvernements, ce qui bien entendu n'est pas
possible au sein des parlements nationaux, séparés les uns des autres et uniquement
chargés du contrôle de la politique de leur propre pays. Une assemblée
interparlementaire pourrait aussi se pencher plus judicieusement sur la problématique de
la subsidiarité, avec par ailleurs moins de risque de dérive nationaliste. En outre une
telle un assemblée pourrait reprendre les compétences exercées par l'actuelle
assemblée de l'union de l'Europe occidentale et contribuer au développement d'une
politique européenne de sécurité et de défense. Mais le parlement européen craint que
la constitution d'une assemblée interparlementaire, même si elle ne pourra exercer
aucune compétence "communautaire", porterait ombrage à ses propres pouvoirs et
à son image.
* La convention se tait aussi dans toutes les langues, et pour cause,
sur l'ardu problème linguistique au sein des institutions de l'Union, conséquence de la
multiplication des langues officielles et de l'inflation des coûts y afférant. Après
l'élargissement l'Union devra fonctionner dans 22 langues officielles. Un compromis,
comportant deux éléments essentiels, est toutefois théoriquement possible. Il faut en
premier lieu que tout ministre, fonctionnaire ou parlementaire, qui participe aux
réunions européennes, puisse s'exprimer dans sa propre langue, dans laquelle il est
naturellement plus précis et nancé, plus pertinent et plus à l'aise. Mais il faudrait
en deuxième lieu accepter que les interprétations et traductions fussent limitées aux
quatre langues les plus importantes au sein de l'Union, à savoir l'allemand, l'anglais,
le français et l'italien, choisis en fonction de la pratique de ces langues en Europe. Il
est évident que les Espagnols auront de grandes difficultés à accepter pareille
proposition parce que l'espagnol (5ème en importance dans l'Union) est également une
langue à rayonnement transcontinental. Si l'on accepte l'espagnol, que faire alors du
néerlandais, qui est la 6ème langue dans l'Union car parlée par 22 millions de
Néerlandophones. Il est vraisemblable aussi que la Pologne, lors de son adhésion et
forte de ses 39 millions d'habitants, revendiquera un statut linguistique pour le polonais
comparable à celui de l'espagnol. L'impasse demeure. A terme d'ici une dizaine
d'années - la percée de nouvelles technologies et la mise au point de nouvelles
générations d'ordinateurs miniaturisés (nanotechnologie) faciliteront considérablement
la traduction simultanée de toutes les langues dans toutes les autres langues.
* Faut-il en guise d'ultime conclusion souligner que le traité
constitutionnel, malgré les efforts accomplis et les bonnes volontés exprimées,
demeurera un texte extrêmement compliqué et abscons? Le citoyen européen ne disposera
pas d'un document qui comblera son déficit d'information. Il faudra l'informer par
d'autres methodes. Certains conventionnels ont suggéré l'organisation d'un référendum
d'approbation du traité au niveau européen et donc dans tous les états
membres.Théoriquement une telle initiative présenterait l'avantage de porter le débat
sur l'avenir et le fonctionnement de l'Union devant tous les citoyens et électeurs d'
l'Europe. Le plus grand ennemi de l'Union européenne, toutefois, est l'indifférence des
citoyens. Un référendum avec un résultat négatif - ne fût-ce que dans un pays membre
- porterait un coup fatal à la construction européenne. Un référendum à l'échelle
européenne ne pourrait être envisagé que si on lui appliquait la règle de la majorité
qualifiée (p.e. une approbation par les deux tiers des états et les trois quarts des
populations). Mais il va de soi qu'un grave problème également en termes de
politique intérieure se poserait si le réferendum se trouvait rejetté par un
grand pays.
A l'issue des travaux de la convention l'on ne peut qu'espérer que la
conférence intergouvernementale reprendra les propositions constructives de la
convention, tout en s'efforçant d'apporter des solutions efficaces aux questions
laissées en suspens.
"Point n'est besoin d'espérer pour entreprendre ni de réussir
pour persévérer".
Mark EYSKENS
Ministre d'Etat
observateur à la convention pour l'UEO
Pour
une politique étrangère moins étrange
Une Belgique 'donneuse de leçons au monde entier', adoptant des
attitudes tranchées et boudeuses (e.a. au sein de l'OTAN) et fragilisant nos relations
transatlantiques, après avoir outrepassé la politique de ses moyens, court le risque de
ne plus avoir les moyens de sa politique (étrangère). Le nouveau gouvernement se doit de
revitaliser le rôle dans lequel notre diplomatie a excellé depuis la deuxième guerre
mondiale: celui de médiateur, de courtier en propositions, de tisseur de compromis, de
bâtisseur de ponts, en abandonant celui de suscitateur de controverses pour redevenir
l'agitateur d'idées judicieuses.
* Partisan d'une politique étrangère aussi commune que possible au
sein de l'Union Européenne, le nouveau gouvernement doit faire en sorte que sa propre
politique étrangère soit le levier du consensus au sein de l'Union, même si cela exige
un profil un peu plus bas, mais combien plus efficace. La prochaine conférence
intergouvenementale, où il faudra arbitrer les propositions de la convention européenne,
présente une occasion idéale pour faire preuve de nos talents.
* Dans le cadre d'une ambition conciliatrice, il faut que nos
diplomates, à l'intéreur des balises tracées par les responsables politiques, puissent
oeuvrer, prendre des initiatives, élaborer des propositions, négocier avec les
partenaires. Le corps diplomatique belge forme une élite, tant en ce qui concerne sa
qualification que son devouement. L'utiliser pleinement constitue un énorme atout.
* La Belgique doit mener une politique de siège en ce qui concerne
Bruxelles, c.à.d. une politique pro-bruxelloise. Beaucoup de Belges ne réalisent pas
encore que Bruxelles, dans le monde d'aujourd'hui, est devenu plus important que la
Belgique, étant donné son statut de capitale de l'Europe, siège de l'OAN et de 2000
institutions et entreprises internationales. Bruxelles est la deuxième capitale
diplomatique de la planète aprés Washington. Mais ce statut est très vulnérable, comme
l'ont prouvé les malencontreuses péripéties autour du siège de l'OTAN. Le
gouvernement, beaucoup plus épaulé en cela par nos régions, doit tout faire pour
promouvoir l'attrait et le rayonnement de Bruxelles.
* Sur le plan international particulièrement autour de la table
des conseils des ministres de l'UE - la Belgique peut augmenter son impact en jouant
davantage la carte du Benelux. La France est souvent un allié naturel mais pas toujours,
étant donné les intérêts économiques propres à un grand pays, qui inspirent
implicitement sa politique étrangère, comme ce fut le cas dans le conflit irakien. Les 3
pays du Benelux forment une 'puissance moyenne', dont le poids relatif croît avec
l'élargissement de l'Union.
* Quant à la loi de "compétence universelle", votée au
parlement en 1993 et étendue en 1999, chaque fois sous un gouvernement Dehaene, elle est
aujourd'hui devenue contreproductive et extrêmement préjudiciable à nos relations
internationales. La création de le Cour Criminelle Internationale de La Haye constitue
par ailleurs un fait nouveau, au moins en ce qui concerne les crimes contre l'humanité
commis à l'avenir. Les récents amendements proposés par le gouvernement ne suffiront
pas. Il y aura de nouveaux délais avant leur vote au parlement, des difficultés
considérables apparaîtront quant à son application (comment faire la distinction entre
pays démocratiques et non-démocratiques, avec le risque de se mettre la moitié des pays
de la planète à dos) et sa manipulation par des groupuscules extrémistes se poursuivra.
Le plus simple et le plus sage est l'abolition intégrale de cette loi devenue trop
encombrante.
* Les divergences et les différences entre une Europe (très apaisante
et peu interventionniste) et une Amérique (militante et moins 'concertante') peuvent et
doivent être transcendées en insistant sur les complémentarités réciproques entre
efforts diplomatiques d'une part et force militaire dissuasive d'autre part. Après les
âcrimonies transatlantiques il est de la plus haute importance d'envisager un nouveau
partenariat entre les Etats-Unis et l'Union Européenne. Le gouvernemnt belge pourrait y
jouer le rôle de brasseur d'idées.
* Il est temps de transformer l'Alliance atlantique en une Alliance
euro-atlantique. Les propositions devraient venir des Américains, car si les Européens
les formulent, ils seront Outre-Atlantique suspectés d'anti-américanisme. Partager les
responsabilités au sein de l'OTAN suppose toutefois que l'Europe fasse un effort beaucoup
plus grand en matière d'équipement militaire hautement technologique. Il faut en outre
que l'Europe accepte sans ambages que sa défense est indissolublement liée à celle
élaborée par l'OTAN (dont l'Europe serait un pilier essentiel).
* Le gouvernement britannique, pour de nombreuses raisons toujours
proche des Etats-Unis, présente plutôt un atout pour l'Europe. Tony Blair est le seul
dirigeant européen qui ait une grande influence sur le président Bush. Au lieu de
vilipender le premier ministre du Royaume-Uni, les Européens, dont les Belges, feraient
mieux de se concerter avec lui.
* Tout partenariat tient sa solidité d'un "grand dessein" à
réaliser ensemble. Cela s'applique aussi aux relations transatlantiques. Sur le plan
politique le but à atteindre s'appelle: la paix au Moyen-Orient, la lutte efficace contre
le terrorisme et la prolifération de l'armement ABC, le développement du Tiers-Monde...
Mais il y aussi un aspect économique fondamental à mettre en exergue. L'histoire de
l'intégration européenne prouve l'importance du biais économique. Ici également la
Belgique pourrait faire preuve d'imagination. Une coopération plus intense avec les
Etats-Unis devrait à terme pouvoir déboucher sur la création d'une vaste zone
économique de libre échange transatlantique. Il y aura de très grands obstacles à
surmonter, notamment sur le plan agricole, mais force est de constater que l'Europe y est
parvenu en son sein. Une zone de libre échange exigerait aussi la mise en place
d'institutions communes, capables de la gérer. Et "at the end of the day", construite
en étapes successives, devraient se réaliser: la stabilisation des cours de changes
dollar/euro, la mise en place d'un serpent, d'un tunnel et d'un système monétaire
atlantique (SMA), pour déboucher finalement sur des parités fixes et la fusion des deux
monnaies. Tout cela paraît aujourdh'ui très wishfull thinking, mais cela fut
aussi le cas quand le plan Werner de rapprochement monétaire fut lancé en Europe en
1972. Point n'est besoin d'espérer pour entreprendre ni de réussir d'emblée pour
persévérer.
Mark EYSKENS
Ministre d'Etat
