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"Français" |
LEurope: Une
Fédération Confédérale
Mark EYSKENS
Il faut espérer quil se dégagera au sein de la Convention
européenne, qui se réunit actuellement à Bruxelles, un consensus majoritaire sur une
refondation institutionnelle de l'Union Européenne, qui soit en mesure de faire coopérer
efficacement au moins 25 Etats membres. Dans ce contexte, deux aspects institutionnels
doivent être agrégés en une unité opérationnelle, non en guise de compromis
politique, mais parce quils correspondent à lessence même de
lunification européenne :
- lintégration communautaire, avec son caractère
supranational et donc fédéral
- et la coopération confédérale, intergouvernementale entre Etats
membres.
Le premier aspect supranational a déjà pris corps il y
a 50 ans avec le plan Schuman et la méthode communautaire de Jean Monnet.
Aujourdhui, après ladoption dune série de traités de base à portée
constitutionnelle, la méthode communautaire apparaît dans le premier pilier des
compétences de lUE, qui concerne surtout le marché commun, la politique agricole,
lunion monétaire et dans le cadre duquel les décisions se prennent de plus en plus
à la majorité qualifiée, même si la règle de lunanimité, et donc le droit de
veto, sont encore d'application à l'intérieur de ce premier pilier, notamment dans des
domaines aussi importants que la fiscalité et la sécurité sociale.
Le second aspect apparaît dans les deuxième et troisième piliers,
qui sont intergouvernementaux ; ceux-ci englobent des compétences qui relèvent du
droit des traités, comme la politique étrangère et de sécurité commune et les
politiques en matière de justice, de police et (encore largement) dimmigration. Le
processus décisionnel y est celui du consensus et résulte le plus souvent de
négociations difficiles entre gouvernements et ministres nationaux. Il est toutefois
possible, depuis le Traité dAmsterdam, de contourner les blocages extrêmes grâce
à la coopération renforcée, qui permet à un nombre limité dÉtats
membres au moins huit de décider entre eux de coopérer dans certains
domaines daction, même si les autres États membres refusent de participer. La
défense en est cependant totalement exclue : elle continue de relever intégralement
de décisions nationales souveraines.
Outre le processus décisionnel communautaire du type fédéral et le
processus décisionnel intergouvernemental, qui est confédéral, il y a évidemment
encore tous les domaines daction qui, en application du principe de subsidiarité,
relèvent de la compétence des parlements nationaux et, au sein de chaque État membre,
éventuellement de celle des régions et des niveaux de pouvoir inférieurs.
Il est évident que surgissent entre les trois niveaux - supranational,
intergouvernemental et national - des problèmes très complexes qui sont dus à des
compétences concurrentes, des conflits dintérêts, les conséquences d'une
complexité et d'une technocratie poussées à lextrême, un manque de transparence,
une responsabilité démocratique insuffisante et labsence dobligation pour
les dirigeants de rendre des comptes et de se justifier suffisamment. Dans une Union
comptant 25 à 30 Etats membres, toutes ces imperfections risquent dêtre encore
plus marquées et dentacher la crédibilité de lUnion européenne. Le manque
de crédibilité dont a souffert et souffre lintégration européenne, et ce,
malgré les succès enregistrés par lUnion monétaire, pourrait susciter des
critiques de plus en plus virulentes, voire même de lhostilité, si lUnion
élargie devait être jugée responsable dun certain nombre de problèmes qui
nont pas encore pu être résolus ou lont été de manière insatisfaisante.
Citons, à titre dexemple, limmigration désordonnée, linsécurité,
les distorsions de concurrence, les problèmes que connaissent toute une série de
secteurs économiques (comme lagriculture), la forte hausse des dépenses
européennes et, vis-à-vis de lextérieur, les relations parfois difficiles avec un
certain nombre de pays en voie de développement, le drame vécu par les pays les plus
pauvres, lélimination des effets néfastes de la globalisation, la
quasi-inexistence de la politique étrangère et de défense de lUnion européenne
Le malaise est profond et sexprime de différentes manières.
Il est dès lors impératif de remodeler en profondeur les institutions
européennes. Ce remodelage doit déboucher sur la constitution dune union politique
solide, qui fonctionne de manière efficace et qui repose sur des bases démocratiques.
Lors des négociations relatives au Traité de Maastricht, en 1991-92,
lapprofondissement de lUnion au niveau institutionnel fut prioritaire,
lélargissement aux nouveaux Etats membres ne venant quen deuxième position
et ne devant sopérer que pour autant que la réalisation de lunion politique
soit suffisamment avancée. Cinq ans plus tard, lors de ladoption du Traité
dAmsterdam, une autre thèse a vu le jour : la réforme des institutions et
lélargissement étaient deux processus qui devaient aller de pair, vu la
nécessité de procéder durgence à lélargissement pour des motifs
politiques, notamment la stabilisation des jeunes démocraties en Europe centrale et de
l'est. Et en 2000, lors de la conclusion du Traité de Nice, une étape supplémentaire a
été franchie : il fut jugé souhaitable et nécessaire dun point de vue
politique de mener à bonne fin lélargissement de lUnion européenne à 25 et
30 Etats membres pour 2003, afin que les pays admis puissent participer aux élections
européennes de juin 2004. Cette priorité nétait donc plus subordonnée à la mise
en place dune union politique à part entière, du moins dans le temps. Lors du
sommet européen de Laeken, sous la présidence de la Belgique, cest telle un
uf de Colomb tombé du ciel que fut accueillie la proposition de confier
lavenir institutionnel de lUnion européenne, au sens le plus large du terme,
à une Convention européenne, chargée den débattre, et ensuite à une Conférence
intergouvernementale traditionnelle, qui sattellerait à la rédaction dun
nouveau traité.
À mesure que les travaux de la Convention européenne progressent, il
faudra formuler un certain nombre de lignes directrices qui devraient permettre
datteindre, entre autres, les objectifs suivants :
- garantir une gestion efficace dune Union composée de
25 à 30 États membres par le biais dinstitutions adaptées et dune politique
européenne transparente. Ainsi faut-il répondre aux problèmes et préoccupations de
la population européenne. À cet égard, lUnion européenne ne doit en aucun
cas devenir un super-État bureaucratique et, par voie de conséquence, antidémocratique.
- Il est dès lors capital que le principe de subsidiarité soit
appliqué de manière plus efficace. La subsidiarité doit permettre aux états nationaux
de rester compétents pour les problèmes quils peuvent eux-mêmes résoudre
principe de la subsidiarité descendante mais elle doit également permettre le
transfert des compétences vers des niveaux décisionnels internationaux et supranationaux
supérieurs principe de la subsidiarité ascendante chaque fois que les
États membres sont manifestement dans lincapacité de trouver des solutions.
Doù la nécessité dune délimitation plus précise des compétences.
- La subsidiarité et la délimitation des compétences ne peuvent
en aucun cas mener à un affaiblissement de lacquis communautaire et à la
renationalisation de certaines politiques, telles que la politique agricole. Une
délimitation plus précise des compétences et une procédure de vérification ex ante
de la subsidiarité des décisions de la Commission européenne et du Conseil (voir infra)
devraient être « compensées » insititutionnellement par un système de
« passerelles » qui doivent permettre de communautariser des compétences
spécifiques du 2ème et du 3ème pilier (par exemple, la politique
dimmigration) sans devoir procéder à des modifications compliquées du Traité.
- La crédibilité de lUnion européenne, en tant
quunion véritable et solide des peuples européens, pourrait être
considérablement renforcée par lélaboration dune constitution
européenne (ou d'un traité constitutionnel), dans laquelle les droits fondamentaux
mais également les devoirs des citoyens européens seraient inscrits et dans laquelle les
institutions fondamentales de lUnion européenne seraient décrites.
- Mais lélaboration dune constitution
européenne, quelque importante quelle soit, naura pas leffet
escompté si la Convention européenne et ensuite, la conférence intergouvernementale ne
parviennent pas à résoudre une série de problèmes institutionnels épineux et
urgents.
LUnion européenne et son fonctionnement sont plus que toute
autre institution en proie à lonitude ou le règne d'ON, . Cela vise le
mode opérationnel dépersonnalisant de nos sociétés contemporaines, soumises à « la
toute puissance du on », pronom le plus impersonnel qui soit. On décide, On dirige,
On décrète par-dessus la tête des gens. La politique rendue non figurative,
incompréhensible, inaccessible et irresponsable, suite aux excès de la technocratie,
ouvre toute grande la voie au « populisme » dans toutes ses variantes,
populisme qui gagne du terrain dans nombre de pays européens. LUnion européenne
est souvent perçue dans le pire des cas comme big brother, dans le meilleur des
cas comme une peinture abstraite. Il appartient donc à lUnion européenne de lui
donner un visage, une politique qui interpelle les citoyens et qui peut être contrôlée
de manière démocratique.
Points à lordre du jour de la réforme
1. Un président de lUE
La proposition de désigner un président de lUnion européenne
pour une période de cinq ans, de sorte que la durée de son mandat corresponde à celle
de la législature du Parlement européen, est intéressante. Le rôle du président de
lUnion européenne serait dincarner lUnion, et ce plus spécialement à
légard de lopinion publique et des médias, de la représenter au plus haut
niveau, de présider les conseils importants et dêtre linterlocuteur du
Parlement européen, soutenu par une dialectique croissante entre le pouvoir législatif
et le pouvoir exécutif. La création dune telle fonction dépend toutefois
dun certain nombre de conditions rigoureuses. Car il est évident que la
désignation d'un président de l'UE risque de perturber l'équilibre institutionnel de
l'Union, tel que conçu par les pères fondateurs et maintenu depuis 50 ans.
- Ainsi, la désignation démocratique du président de lUnion
européenne doit lui procurer non seulement son pouvoir mais également son autorité
morale, ce qui nest possible que sil est élu par le Parlement européen ou
éventuellement par un Congrès européen, composé du Parlement européen et
dune Assemblée interparlementaire (AIP) des représentants des parlements
nationaux. Une élection directe par le citoyen européen semble, pour le moment,
inappropriée étant donné que cette possibilité placerait les chefs dÉtat et de
gouvernements des États membres dans une position dinfériorité trop marquée et
mettrait la Commission européenne en situation de faiblesse.
- Sa désignation par le Parlement européen nempêcherait en
aucune façon le Conseil européen des chefs dÉtat et de gouvernements de
présenter un certain nombre de candidats qui auraient été nominés à la majorité
qualifiée.
- Dans le cadre de sa nouvelle fonction nécessairement prestigieuse,
le président de lUnion européenne ne pourrait en aucun cas éclipser la Commission
européenne et son président et contribuer ainsi à la
« décommunautarisation » et à laffaiblissement de lintégration
fédéralisante. Le président de lUnion européenne devra en effet incarner de
manière équilibrée la dualité de lUnion, c'est-à-dire son volet communautaire
et son volet intergouvernemental. Lidéal serait de trouver une formule de
coopération optimale entre le président de lUnion et la Commission européenne, et
particulièrement son président. On observera incidemment que si le président de la
Commission européenne est une personnalité très forte, la création de la fonction de
président de lUnion européenne savère beaucoup moins indispensable. À
lépoque où Jacques Delors présidait la Commission, il était de facto le
président incontesté de lUnion européenne, qui ne comptait certes alors que douze
États membres et non 25 ou 30.
2. Un exécutif européen
Une structure équilibrée, mais puissante, au sommet de la pyramide
institutionnelle européenne requiert la création dun exécutif européen. Cet
exécutif serait composée :
- du président de lUnion européenne
- du président de la Commission européenne
- du haut représentant de la politique étrangère et de sécurité
commune
- des principaux membres de la commission, avec le titre de
vice-président
- des ministres des trois pays qui, formant la troïka,
seraient chargés de la présidence tournante des conseils des ministres
européens, sous la direction et la coordination du président de lUnion (voir
ci-dessous).
Lexécutif coordonne les politiques communautaire et
intergouvernementale et est chargé de définir les grandes lignes de leur mise en
uvre. Par lintermédiaire du président de lUnion et du président de la
Commission, lexécutif est le principal interlocuteur du parlement européen et des
délégations des parlements nationaux, lorsque celles-ci se réunissent en une assemblée
interparlementaire ad hoc. Une présidence alternante de l'Exécutif européen, partagée
entre le président de l'Union et le président de la Commission est parfaitement
concevable. Il faut en effet que le président de l'Union et le président de la
Commission soit mis sur un pied d'égalité.
3. La présidence des conseils
Le président de lUE incarne la continuité de la présidence des
conseils et est, à ce titre, responsable de la cohérence et du suivi des dossiers. Il
coordonne également le communautaire et lintergouvernemental et veille par
conséquent à ce que règne une symbiose suffisante entre les piliers I, II et III. La
présidence des conseils ne peut toutefois pas être distraite du rôle directeur des
États membres qui doivent se succéder à à la direction de l'Union, aussi longtemps que
lUE présente les caractéristiques dune fédération
confédérale. Les États membres doivent donc, chacun à leur tour, exercer
également la présidence des conseils. En outre, il est matériellement impossible pour
le président de lUnion de présider tous les conseils. Il est donc recommandé de
maintenir le principe actuel de rotation des États membres qui président les conseils,
mais den modifier la forme. La présidence du conseil doit être exercée par une
troïka de pays, constituée du pays qui exerce effectivement la présidence pour 6
mois, ainsi que de lÉtat membre qui la exercée avant lui et de celui qui
lexercera après lui. Grâce à ce système de présidence exercée par une troïka
dont la composition change, chaque État membre est concerné pendant 18 mois par la
direction des conseils. Cette direction doit toutefois se faire sous le leadership
du président de lUnion.
4. Scission du Conseil des affaires générales
Composé des ministres des affaires étrangères, lactuel Conseil
des affaires générales a un ordre du jour beaucoup trop chargé et beaucoup trop
hétérogène. Il conviendrait de créer un conseil des ministres des Affaires
étrangères distinct, au sein duquel le Haut représentant de la politique extérieure -
actuellement M. J. Solana - jouerait un rôle-clé. Chargé de la politique extérieure et
de sécurité commune (PESC, deuxième pilier), ce conseil disposerait de compétences
intergouvernementales, de sorte quil prendrait ses décisions sur une base
consensuelle.
Ce dernier élément ne peut toutefois par empêcher le recours à la
« coopération renforcée » dans le domaine de la politique extérieure ni
empêcher la Commission européenne dexercer, au même titre que les ministres
nationaux, un droit dinitiative en la matière.
Déchargé de ses compétences spécifiques en matière de politique
extérieure, le Conseil des affaires générales pourrait dès lors se concentrer sur les
principes et sur les problèmes politiques généraux de lUnion européenne.
Cest là que le président de lUnion, le président de la Commission
européenne et les membres de cette dernière ont un rôle extrêmement important à
jouer. Il est souhaitable quun ministre des Affaires européennes soit désigné au
sein du gouvernement de chacun des États membres. Ce ministre siégerait alors au
sein du nouveau Conseil des affaires générales, où il remplacerait lactuel
ministre des Affaires étrangères.
Outre la réforme du Conseil des affaires générales et la création
dun Conseil des affaires extérieures, il serait également souhaitable quun Conseil
de la Défense, composé des ministres de la Défense, se réunisse régulièrement.
Le Traité de Maastricht dispose en effet que lUnion européenne ne vise pas
seulement à mettre en oeuvre une politique de défense et de sécurité commune, mais
aussi, le moment venu, une défense commune. Il convient denvisager
détendre la « coopération renforcée » aux questions de défense,
moyennant toutefois des modalités particulières.
5. Un Parlement européen plus puissant.
Un système parlementaire et démocratique est régi par le principe
de la séparation des pouvoirs. Le fait que dans la situation actuelle, les conseils
des ministres exercent simultanément les pouvoirs exécutifs et législatifs est source
de confusion, de situations conflictuelles et dinefficacité. Il faut impulser une
dynamique qui élève progressivement et à terme le Parlement européen au rang de corps
législatif démocratique unique de lUnion européenne, éventuellement assisté
dune Assemblée interparlementaire des parlementaires nationaux, chargée
dassurer le contrôle démocratique des compétences intergouvernementales.
La proposition visant à associer les parlementaires nationaux aux
travaux des conseils des ministres européens est contre-productive et va à
lencontre du principe de la séparation des pouvoirs. Dans une Union comptant 20 à
30 membres, il serait irréaliste de faire participer les représentants dun nombre
équivalent de parlements, dans leur composition politique respective, aux conseils des
ministres dont en outre lordre du jour est généralement surchargé. Le contrôle
démocratique et parlementaire des décisions des conseils des ministres européens doit
se dérouler au sein du Parlement européen, d'une assemblée interparlementaire et des
parlements nationaux.
La publicité des travaux des conseils des ministres, chaque fois que
ceux-ci font uvre législative, nest pas non plus recommandable, car une
pression émanant de lextérieur, et plus particulièrement de la part des médias,
risquerait ainsi dêtre exercée sur les ministres, afin quils justifient les
décisions quils ont prises ou quils envisagent de prendre. Or, cest à
légard dun parlement que les ministres doivent se justifier.
Limpulsion dune dynamique débouchant sur une
responsabilité et un pouvoir accrus du Parlement européen peut être favorisée par les
mesures suivantes :
- Loctroi dun droit dévocation au Parlement
européen dans un certain nombre de domaines politiques préétablis, au cas où il
savère que le Conseil des ministres (éventuellement le Conseil Européen) bloque
les décisions à prendre. Des blocages peuvent se produire à propos de matières
soumises à la règle de lunanimité ou de questions pour lesquels une majorité
qualifiée suffisante nest pas atteinte. Le Parlement européen pourrait alors, par
un vote à la majorité qualifiée, se saisir du dossier et lexaminer.
- Lapplication séquentielle de la codécision, de manière
systématique. Cela signifierait que, chaque fois que la Commission soumet en premier
lieu ses propositions au Parlement européen (au lieu de les soumettre dabord au
Conseil de ministres), le Parlement aurait le premier et le dernier mot dans la
procédure. Il arrive souvent aujourdhui que le Conseil de ministres soit sur le
point de prendre une décision finale ou la prenne, alors que le Parlement nest pas
encore arrivé au bout de la procédure de codécision.
- Loctroi dun droit dinitiative au Parlement
européen. Il convient, ici aussi, de limiter ce droit dinitiative à une liste
préétablie de matières. On peut envisager quen cas dexercice du droit
dinitiative par le Parlement européen, le Conseil de ministres se voie attribuer un
pouvoir de codécision propre, ce qui conduirait à une inversion de la codécision..
- Loctroi au Parlement européen du pouvoir dadopter les
traités européens. Le Parlement européen réclame ce pouvoir depuis longtemps
déjà. À cet égard, il semble que la meilleure solution serait quun Congrès
européen, composé du Parlement européen et dune Assemblée composée par les
parlements nationaux lAssemblée interparlementaire examine les
nouveaux traités de lUnion européenne et les vote ou les rejette. Dans cette
hypothèse, les parlements nationaux ne devraient plus voter les traités, ce qui
réduirait le risque dun blocage par lun des États membres, ou par un nombre
limité dentre eux. En revanche, il est sans doute souhaitable dimaginer, pour
les modifications du traité de base de lUE la future constitution
européenne , une procédure à laquelle seraient associés non seulement le
Parlement européen, mais également les parlements nationaux et, éventuellement aussi,
par voie de référendum, la population européenne.
- Linstauration dun impôt européen. La plupart des
experts saccordent à estimer que le financement de lélargissement, et plus
particulièrement lintégration des nouveaux États membres dans la politique
agricole commune et les fonds régionaux et structurels, ne pourront se faire,
certainement après 2006, dans les limites des marges budgétaires actuelles de
lUnion européenne, à savoir 1, 27 % du produit intérieur brut de lUnion. Il
faut profiter du dépassement de ce plafond pour instaurer, par le biais du Parlement
européen, un impôt européen qui devra être un impôt indirect (p.e. une taxe sur
l'essence). Il est évident que les résistances politiques seront moins fortes dans le
cas dun véritable impôt européen, qui devra être voté par le Parlement
européen, que si laugmentation de la pression fiscale ou les dotations européennes
devaient être décidées par le parlement national de chaque État membre.
6. La Commission européenne
La comission doit rester la 'pierre angulaire' de l'Union.C'est la
raison pour laquelle il faut préserver son droit (souvent monopole) d'initiative, son
indépendance et renforcer sa légitimité démocratique grâce à un mode de désignation
démocratique et une responsabilité politique accrue.
Si un Exécutif européen est créé, comme proposé au paragraphe 2,
il suffira que la Commission comprenne désormais un seul commissaire par Etat membre,
même si lUnion européenne compte 25 ou 30 pays. Un cabinet restreint de fait,
composé de membres de la Commission, fonctionnera en effet au sein de lExécutif
européen, où siégeront les président de la Commission et les vice-présidents. Compte
tenu du rôle que joueront ceux-ci au sein de l'Exécutif, il sera moins nécessaire de
transférer le haut représentant de la politique étrangère à la Commission. La
politique étrangère et de sécurité commune (PESC) demeurera en effet encore longtemps
une matière intergouvernementale, même si la Commission acquiert un droit
dinitiative partagé et si la « coopération renforcée »
sapplique également en ce domaine.
Il importe toutefois que la Commission européenne semploie à
mettre en place un « gouvernement économique » spécifique pour les pays
ayant adhéré à lUnion monétaire européenne. Ce gouvernement doit
sinsérer dans un cadre associant aussi les ministres des Finances et de
lEconomie des pays de la zone Euro, actuellement au nombre de douze, aux processus
décisionnels. On donnera ainsi corps au modèle « Saturne »,
cest-à-dire une Union européenne composée dune grande planète,
lEuroland, au centre de lUnion élargie. LEuroland et la monnaie unique
exerceront une grande force dattraction sur les autres Etats membres qui
nauront pas encore pu adhérer à lUnion monétaire. Afin dassocier
très étroitement les nouveaux Etats membres à cette dynamique de convergence de
lintégration, il serait souhaitable, lors de la phase de transition, de prévoir un
système de « coopération complémentaire » avec lensemble des Etats
membres, système qui constituerait le pendant de la « coopération
renforcée ». Grâce à la coopération complémentaire, les nouveaux Etats membres
seraient associés aux processus décisionnels selon les modalités de « decision
shaping ».
7. Les élections européennes
Pour accroître linfluence et lattrait politique du
Parlement européen et par là même le taux de participation des électeurs
, il faudrait envisager de réserver un nombre prédéterminé ou un pourcentage des
sièges du Parlement européen à des candidats transnationaux, cest-à-dire
des personnalités européennes pour lesquelles les électeurs européens de tous les
Etats membres pourraient voter.
Par la même occasion, il faudrait penser à réserver un certain
nombre de sièges à des acteurs de la société civile, à des personnes issues des
milieux socio-économique, scientifique, caritatif ou culturel qui pourraient être
désignées au Parlement européen par voie de cooptation.
Il importe par ailleurs de renforcer la collaboration entre le
Parlement européen et les parlements nationaux. Pour autant quils ne laient
pas encore fait, tous les parlements nationaux des Etats membres devraient permettre aux
parlementaires européens de siéger au sein de certaines de leurs propres commissions
parlementaires.
Il est aussi hautement souhaitable de libérer davantage de moyens
collectifs afin dinformer tous les habitants de lEurope, où quils
résident, sur la vie de lUnion, sur le fonctionnement des institutions
européennes, sur les problèmes de la politique européenne, sur les activités et
réalisations culturelles, etc., et ce de manière attrayante et interactive, par le biais
des moyens de communication modernes que sont linternet et la télévision. La
collaboration franco-allemande dans le cadre du programme de télévision Arte en
est un bel exemple qui, espérons-le, seuropéanisera.
8. Une Assemblée interparlementaire
Ce qui confère à lUnion européenne son caractère
incomparable, cest sa dualité spécifique: un ensemble fait dunité
nécessaire et de diversité maximales, sur lequel vient se greffer une superstructure
institutionnelle qui selon la nécessité est intégrée, communautaire, supranationale et
fédérale d'une part ou intergouvernementale, coopérative et confédérale d'autrepart
avec une rétroaction vers les parlements nationaux et leur contrôle politique
démocratique.
Ni la Commission européenne et ni le Parlement européen exercent de
compétence intergouvernementale spécifique. La thèse selon laquelle la coopération
intergouvernementale, plus précisément les piliers II et III, devrait faire lobjet
dun contrôle et dun suivi démocratiques au sein des parlements nationaux,
nest certes point dénuée de logique. Elle nest cependant pas satisfaisante
en raison du fait quil est impossible de légitimer pleinement
l « aspect coopératif » des compétences intergouvernementales
dans des parlements exclusivement nationaux, de sorte que ceux-ci ne peuvent pas être
appelés à contrôler les décisions inter-gouvernementales. Il se forme ainsi un
déficit démocratique structurel. Cest surtout dans le domaine de la politique
étrangère et de sécurité commune et de la politique en matière de police,
dimmigration et de justice que ce déficit structurel des parlements nationaux
nest que trop évident. Le contrepoids counter vailing power
de la politique intergouvernementale doit être organisé au sein dune
assemblée interparlementaire constituée de délégués des parlements nationaux de tous
les États membres. A compétence intergouvernementale il faut un controle
interparlementaire.
La création dune Assemblée interparlementaire (IPA) ne doit
absolument pas déboucher sur la création dune deuxième Chambre, création qui
serait le couronnement de lévolution fédérale de la construction de lUnion
européenne, après quil aura été progressivement mis fin aux compétences
législatives des conseils des ministres européens. Une deuxième Chambre à
linstar du Bundesrat allemand ne pourrait en outre exercer de contrôle
démocratique sur les compétences intergouvernementales. Une deuxième Chambre se
bornerait à gérer lapport des États membres dans le cadre dun fédéralisme
strictement pyramidal.
Les avantages que présente la création dune Assemblée
interparlementaire (AIP) sont considérables
- LAIP donnera corps concrètement à la « responsabilité
des parlements nationaux en matière de coopération entre états » dans tous les
domaines où la collaboration intergouvernementale prime toujours. Plus la politique
« commune » sera solide, et plus grande sera la dynamique susceptible de
transformer une « politique commune de coopération » en une « politique
communautaire dintégration ».
- Lassemblée interparlementaire (AIP) proposée en
loccurrence absorbera lassemblée parlementaire informelle des représentants
des parlements nationaux, la « COSAC ». Elle pourrait également absorber
lassemblée de lUnion européenne occidentale, dès lors que les missions les
plus importantes de lUnion européenne occidentale ont été transférées à
lUnion européenne, et que lassemblée de lUEO nest plus chargée
que du contrôle parlementaire de larticle V du traité de Bruxelles modifié,
lequel porte sur la solidarité entre les États membres en cas dagression
étrangère contre lun des dix États membres de lUEO.
- La collaboration entre le Parlement européen et lAssemblée
interparlementaire constitue une compétence majeure de cette dernière. Réunies en une
assemblée commune, ces deux assemblées devraient constituer un "Congrès
européen" appelé à élire le président de lUnion et de la Commission
européenne, ainsi quà approuver les nouveaux traités européens ou leurs
modifications.
- LAIP pourrait également exercer un droit dévocation à
légard du Conseil des ministres si ce dernier devait se trouver dans une impasse en
raison de lapplication de la règle de lunanimité pour les matières
intergouvernementales.
- Enfin, le contrôle de la subsidiarité peut constituer une dernière
compétence dévolue partiellement à lAIP. Il nest pas toujours aisé de
déterminer si une compétence déterminée doit dans une situation concrète être
exercée par les institutions de lUnion, ou par des institutions des États membres
nationaux. Lapplication des textes des traités nest pas toujours la solution.
Il peut savérer nécessaire quune décision soit prise au sujet de
lopportunité politique de la question examinée, surtout lorsque lon souhaite
se prémunir contre les tendances de régulation bureaucratique excessive dont fait
preuve, de temps à autre, ladministration européenne. Il y a lieu dévaluer
dune manière responsable sur le plan politique lopportunité dune
subsidiarité en amont et en aval. Il est recommandé de constituer une commission
mixte de parlementaires, composée de membres du Parlement européen et de membres de
lAssemblée interparlementaire, commission qui, de sa propre initiative ou à la
demande des institutions européennes, pourrait émettre un avis (de préférence non
contraignant) sur la question de savoir si un dossier déterminé doit être traité au
niveau européen, ou au niveau national.
- La proposition d'ériger le Conseil des minsitres en deuxième
Chambre en l'ouvrant à des parlementaires nationaux des pays membres, qui
accompagneraient leur ministre, est dangereuse à plusieurs égards. Elle renforce la
confusion entre le pouvoir législatif et exécutif au sein du conseil et va à l'encontre
d'une seine et nécessaire séparation des pouvoirs à terme. Les parlementaires nationaux
introduits au Conseil, porteraient ombrage aux parlementaires européens, qui exerceraient
leur contrôle démocratique à partir du Parlement européen et ne seraient pas associés
aux délibérations de leurs co-législateurs, à savoir les ministres. En outre la
compostion des délégation de parlementaires nationaux poserait pas mal de problèmes
pratiques (nombre; quels partis, quels pouvoir de décision?).
9. Le Comié des Régions.
L'association des régions, représentées au sein du Comité des
régions, à certains aspects de la politique européenne est d'importance capitale pour
la crédibilité démocratique, la transparence de la politique européenne et sa
proximité des citoyens.
Les régions et leur organe le Comité - doivent être
considérés davantage comme des partenaires importants par les instances européennes. Le
droit d'avis du Comité doit avoir une application plus étendue.
* Le Conseil et le Parlement européen devraient motiver sérieusement
et rendre publiques préalablement les raisons pour lesquelles ils auraient décidé de ne
pas suivre l'avis du Comité.
*Dans les dix cas de consultation obligatoire, le Comité serait
associé à la procédure de codécision.
* Le Comité doit être habilité à suspendre un acte législatif
européen au cours d'une période limitée au cas où le Conseil ou le Parlement ou la
Commission auraient écarté l'avis du Comité sans motivation suffisante.
* Le Comité doit pouvoir introduire un recours auprès de la Cour de
Justice, au cas où le principe de subsidiarité ne serait pas respecté.
* Le Comité doit être associé aux travaux de la commission mixte
(Parlement européen et Assemblée interparlementaire), chargée du contrôle de la
subsidiarité.
10. Constitution et Cour.
Une constitution (ou un traité constitutionnel) devrait être soumis
à la compétence de contrôle de la Cour de Justice européenne, se muant progressivement
en Cour constitutionnelle européenne.
L'Union européenne doit revêtir la personnalité juridique, de telle
sorte que l'Union puisse devenir partie contractante du Traité européen des droits de
l'homme et e.a. également de la convention de Genève en ce qui concerne le droit
d'asile.
RÉSUMÉ DES PRINCIPALES PROPOSITIONS
Les propositions formulées dans la présente note procèdent dun
réformisme réaliste. Un projet fédéraliste global reste pour l'heure inachevable.
LUnion européenne élargie doit fonctionner efficacement en combinant fédéralisme
et confédéralisme, intégration communautaire et coopération intergouvernementale.
LUnion européenne doit être organisée comme une fédération confédérale ou
comme une confédération fédérative, articulée autour de trois champs de
compétence : communautaire (pilier I) ; intergouvernemental (pilier II et
III) ; national ( les compétences qui, conformément au principe de subsidiarité,
appartiennent aux États membres nationaux et à leurs composantes).
De nouvelles structures doivent être mises en place:
afin daméliorer lefficacité et limage de
lUnion: d'où lidée dun président de lUnion européenne et
dun exécutif européen;
afin de favoriser le contrôle et la transparence démocratiques:
doù des mécanismes allant dans le sens dune séparation des pouvoirs et
dune parlementarisation accrue de lUnion européenne ;
afin de favoriser la dynamique dintégration grâce à des
mécanismes de transition, de cercles concentriques, dune coopération renforcée,
de passerelles
Plus concrètement :
Un Président de lUnion européenne, élu
par le Congrès européen
Un Congrès européen, composé du Parlement
européen et de délégations des parlements nationaux, réunies en une Assemblée
interparlementaire
Un Exécutif européen, composé notamment du
président de lUnion européenne, du président de la Commission européenne, du
Haut représentant pour la PESC, des vice-présidents de la Commission et des ministres
des pays de la troïka.
Des conseils de ministres, présidés par le
président de lUnion et par les pays de la troïka.
Scission du Conseil des Affaires générales en
un Conseil des ministres des Affaires étrangères et un conseil spécifique des Affaires
générales. Chaque État membre désigne un ministre des Affaires européennes qui siège
au sein du Conseil des affaires générales
Création dun conseil des ministres de la
défense
Lancement dune dynamique conduisant à une
séparation des pouvoirs. Renforcement du Parlement européen en lui octroyant :
- un droit dévocation ;
- une codécision effective, le dernier mot revenant au
Parlement-E ;
- le droit dinitiative, attribué au Parlement-E, et la
codécision pour le Conseil des ministres ;
- la compétence dapprouver les traitées européens ;
- la compétence d'instaurer un impôt européen.
Il est créé, au sein de la Commission
européenne et des conseils des ministres compétents en la matière, un 'gouvernement
économique' pour les pays appartenant à lUnion monétaire. Concrétisation du
modèle « Saturne ».
La communautarisation du troisième pilier est
facilitée par une « passerelle » qui permet de transférer les compétences
vers le premier pilier sans « passer » par une modification du traité.
Lors des élections du Parlement européen, une
liste comportant un certain nombre de candidats transnationaux est déposée dans toute
lEurope.
Des personnalités importantes ont en outre la
possibilité dêtre cooptées au Parlement européen.
Création dune assemblée
interparlementaire, chargée du contrôle démocratique des compétences
intergouvernementales. Cette assemblée forme avec le Parlement européen le Congrès
européen. Elle absorbe les assemblées de la COSAC et de lUEO.
Une commission composée de membres du Parlement
européen et de lassemblée interparlementaire exerce le contrôle politique sur la
subsidiarité.
Le Comité des Régions est habilité à
introduire un recours auprès de la Cour de Justice
dans des cas de non-respect du principe de
subsidiarité. Le Comité est associé à une procédure de codécision dans les matières
de son ressort. Au cas où le Conseil, le Parlement-E ou la Commission rejette de manière
non-motivée un avis émis par le Comlité, la décision concernée est suspendue
temporairement.
La Constitution européenne est soumise au
contrôle de la Cour européenne, qui ainsi devient une cour constitutionnelle. L'Union
Européenne acquiert la personnalité juridique et devient ainsi partie contractante d'une
série de traités internationaux et conventions.
Mark EYSKENS
Ministre dEtat
Juillet 2002
GLOBALISTAN
ET LES CONSEQUENCES ECONOMIQUES DES EVENEMENTS DU 11
SEPTEMBRE.
Mark EYSKENS
Ministre d'Etat
Les conséquences des événements tragiques du 11 septembre sont à la
fois conjoncturelles et structurelles, se feront sentir à court et à long terme et sont
de nature à éroder davantage les différences entre la géo-économie et la
géo-politique. Le terrorisme contemporain de par son échelle et de par ses moyens de
destruction y compris la bioterreur et l'arme chimique et atomique est
devenu un macro-terrorisme, qui crée un nouveau type de conflit à l'échelle
planétaire. Ce macro-terrorisme est transfrontalier et procède par connivence, voire par
coopération entre réseaux, même si les buts socio-politiques qu'ils poursuivent ne sont
pas toujours identiques. Le "village global" devient son terrain opératoire. Le
monde s'appelle depuis le 11 septembre "Globalistan". De Al Quaeda à Abou
Nidal, du Hamas au Hezbohlla en passant par le Jihad, de l'ETA en Espagne à l'IRA en
Irlande, le terrorisme se maintient et se propage non seulement à cause de frustrations
et d'incompréhension et par esprit de vengeance et de haine, mais aussi grâce à la mise
en oeuvre d'instruments économiques parfois licites, souvent illicites, clandestins et
frauduleux: la production de stupéfiants, le trafic de drogues et d'armes, en utilisant
la corruption, l'exploitation de la prostitution, la fraude de tout genre et les pratiques
mafieuses. Il est évident que la mondialisation de l'économie et la libre circulation
des biens, des personnes et des capitaux constituent, plus que par le passé, un véhicule
propice au développement d'activités criminelles et terroristes.
1. La destruction des tours jumelles du WTC à New York à eu
d'énormes conséquences financières directes et indirectes, sans compter les pertes de
vies humaines et les dommages subis par beaucoup de sociétés établies dans les deux
tours. Les dégâts matériels infligés à la ville de New-York et les coûts des travaux
de sauvetage sont estimés à 100 milliards de dollars. S'ajoutent à cela les dépenses
supplémentaires des compagies d'assurance (dans certains cas pour des montants
gigantesques qui, à travers les techniques de réassurance, touchent beaucoup de
compagies d'assurance occidentales), le manque à gagner des compagies aériennes et du
secteur du tourisme. Les effets négatifs pour l'entièreté de l'économie américaine
sont encore plus considérables en termes de perte d'emplois, de chute des cours en
bourse, de baisse de la consommation. Le gouvernement américain est obligé d'augmenter
tous azimuts les dépenses en matière de sécurité, de surveillance et de controle,
alors que selon le Center for Strategic Studies - l'intervention en Afghanistan
aurait coûté au moins 1 milliard de dollars par semaine, sans compter les programmes
d'aide humanitaire et le soutien accordé aux pays voisins. Tout cela sans tenir compte
des dommages matériels et moraux encourus par les nombreuses victimes de la situation en
Afghanistan, des coûts de la reconstruction du pays et de l'envoi et de la présence
d'une force de paix internationale .
2. L'attaque terroriste aux Etats-Unis a sans aucun doute accéléré
et aggravé la récession, qui s'y était déjà déclarée dès le mois de mars de 2001.
En effet selon le National Bureau of Economic Research l'économie américaine était à
partir du printemps de 2001 entrée dans une phase de ralentissement économique, qui
s'est vite transformé en récession, dès lors que pendant deux trimestres successifs la
croissance du PNB est devenue négative (-0,3 à -0,4). La production industrielle a
diminué de 6%, les investissements, moteur de la croissance passée, particulièrement
dans les secteurs de l'informatique et des nouvelles technologies, ont radicalement
chuté, déclenchant un "multiplicateur" négatif, bien connu des économistes.
En plus la bourse a perdu 40% de sa valuer capitalisée depuis les sommets atteints au
cours des premiers mois de l'an 2000, entraînant la plupart des bourses étrangères,
alors que l'endettement collectif des ménages américains a dépassé les 7.000 milliards
de dollars. Les pertes d'emplois se chiffrent par des centaines de milliers et affectent
5,2% de la population active. Le déficit budgétaire américain se creuse à nouveau,
alors qu'il avait disparu sous le président Clinton et le déficit de la balance de
commerce atteint de nouveaux records. Beaucoup d'économistes estiment que sans les
événements du 11 septembre, l'économie américaine aurait porbablement pu effectuer un
atterissage en douce. L'attentat terroriste a eu pour conséquence qu'aux EtatsUnis
une phase exceptionnellement longue d'expansion économique durant dix ans fut abruptement
interrompue.
En outre, au niveau sectoriel, les graves difficultés de l'aviation,
du secteur touristique, des compagies d'assurance, s'ajoutèrent inopinément au repli
spectaculaire de la "nouvelle économie". Celle-ci s'était développée autour
des multiples innovations dérivées de l'informatique et de ses applications mais dont la
bulle spéculative venait d'éclater en bourse, entraînant une très sérieuse perte de
pouvoir d'achat pour de très nombreux investisseurs et consommateurs.
3. Le poids de l'économie américaine est tel que ses spasmes se
propagent à travers le monde avec un décalage d'au maximum trois à six mois. C'est
notamment le cas pour l'Europe, dont les prévisions en matière de croissance économique
ont été revues à la baisse. Le gouvernement Belge, qui avait basé son budget de 2002
sur une hypothèse de croissance du PNB de 2,5%, s'est vu contraint de ramener ce taux à
1,3%, ce qui selon la plupart des économistes est encore trop flatté. Les économistes
prévoient un PNB en légère hausse de 0,5% à 0,7%. L'équilibre du budget, tant pour
2001 que pour 2002 semble compromis, à moins que le gouvernement prenne des mesures
urgentes et importantes de réduction de certaines dépenses et/ou d'augmentation de
certaines recettes et d'échelonnement de la diminution de certains d'impôts. La crise
économique semble surtout affecter les plus grands pays de l'Union Européenne, tels
l'Allemagne, La Grande Bretagne, la France et l'Italie, confrontés à une forte
augmentation du chômage et des déficits publics (-2,7% en Allemagne). Au moment où
l'Union Monetaire est parachevée par l'introduction de l'Euro fiduciaire, le non-respect
des normes de Maastricht porterait un préjudice grave à la crédibilité de la monnaie
unique.
Tout n'est cependant pas négatif. Les taux d'intérêt sont
historiquement bas dans le monde occidental. La FED ( Banque Centrale des Etats-Unis) a
réduit son taux de base une douzaine de fois au point que les taux d'intérêts
américains n'ont jamais été aussi bas depuis 40 ans. Le gouvernement américain a
soutenu et augmenté le pouvoir d'achat de la population en réduisant sensiblement les
impôts directs (de 40 milliards de $). La Banque Centrale Européenne pour sa part a un
peu moins mis l'accent sur l'abaissement du loyer de l'argent mais a en revanche injecté
d'importantes liquidités dans le marché. L'inflation en Europe est en outre
historiquement basse (1,5 à 2%), alors que précédemment dans les années 70 et 80 il
fallait faire face à une coïncidence d'inflation et de stagnation de l'économie
(stagflation), extrêmement difficile à maîtriser. Aujourd'hui l'absence d'inflation
significative autorise les gouvernements à pratiquer une prudente politique de
réflation, à condition de respecter les normes du pacte de stabilité (e.a. limiter le
déficit public à 3% du PNB). Inquiétant toutefois, particulièrement en Belgique, est
la hausse des coûts salariaux et des dépenses en soin de santé. L'introduction de
l'Euro réduit considérablement la marge de manoeuvre des gouvernements nationaux,
puisqu'aussi bien à l'intérieur de l'Union Monétaire tout alignement des cours de
change des monnaies, comme instrument de rétablissement de la compétitivité, est devenu
impossible. La compétitivité d'une économie nationale dépend aujourd'hui largement de
la maîtrise des coûts, du niveau des prix et de la promotion de la productivité et de
l'innovation.
4. Les événements du 11 septembre ont également aggravé et
compliqué les problèmes économiques du Japon, qui se débat depuis près de trois ans
avec une dépression économique à caractère structurel. Le protectionnisme larvé du
Japon, les rigidités d'accès de ses marchés, le corporatisme industriel, jadis
considérés comme des avantgages sous-tendant le "miracle nippon" , s'avèrent
aujourd'hui avoir des effets contreproductifs. La léthargie de l'économie japonaise
(croissance négative de 3,2% en 2001; perte importante d'emplois; système bancaire
fragilisé) affecte les économies du sud-est asiatique. Au Japon les taux d'intérêts
ont été baissés sans cesse pour atteindre zéro. Mais au lieu d'enclencher une reprise
économique par le redémarrage des investissements et des ventes à tempérament, le
contraire s'est produit. Ce phénomène, que la théorie économique appelle la
"trappe des liquidités" (liquidity trap), s'explique par le fait que le
rendement réel nul de l'épargne - les taux d'intérêt s'étant rapprochés de zéro -,
désincite les épargnants à encore offrir leur argent aux intermédiaires (les banques)
sur les marchés financiers. Cette contraction de l'offre de l'argent aggrave la
réduction des crédits accordés et plonge l'économie dans une spirale déflatoire et
récessionniste. La dépression de l'économie japonaise contamine d'autres pays
asiatiques, comme e.a. l'Indonésie (au bord de l'implosion), la Thaïlande, la Corée du
Sud, la Malaisie, les Philippines et même Singapour et Taïwan, tous des pays qui se
redressent péniblement da la grave crise financière qui les avait frappés il y a quatre
années.
Il n'y a que la Chine qui fait exception et dont l'économie continue
à croître ( à raison de +6% en 2001) grâce à sa politique de libéralisation et
d'attraction d'investissements étrangers. Ce pays vient d'ailleurs d'entrer comme membre
dans l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC), ce qui est de nature à l'insérer
davantage dans l'économie internationale, meilleur moyen pour les pays exportateurs de
promouvoir leur développement.
La crise économique, aggravée par la tragédie du 11 septembre,
frappe très durement certains pays en voie de développement, particulièrement en
Afrique, et cela suite à la diminution de leurs exportations de matières premières,
conséquence paradoxale d'actions terroristes dont les auteurs s'érigent souvent en
défenseurs des pays pauvres.
D'autres pays à problèmes structurels sont l'Argentine, en pleine
crise de solvabilité, le Mexique et le Brésil, dont les situations périclitent
rapidement. Plus proche de nous, la Turquie est confrontée depuis plusieurs années à de
graves défis de réajustement socio-économique, au moment où ce pays tente de se
rapprocher de l'Union Européenne et combat le fondamentalisme à l'intérieur de ses
frontières. Enfin les pays de l'Europe de l'Est, qui se préparent à leur entrée dans
l'UE par une politique économique de modernisation et de convergence, voient leurs
efforts entravés par les nombreuses difficultés économiques induites par la crise,
elle-même accélérée par les événements du 11 septembre. Le commerce mondial en
2001-2002 verra sa croissance en volume retomber de +12% à à peine + 1%.
5. Un secteur particulièrement touché est celui du pétrole, dont les
prix mondiaux se sont effondrés. Immédiatement après le 11 septembre les spécialistes
s'attendaient à une hausse du prix du baril de pétrole, due à l'insécurité
internationale, les actions militaires et d'éventuelles sanctions imposées à l'occident
par certains pays producteurs. Mais c'est l'opposé qui arriva avec une chute des prix de
30 à 15 dollars le baril, due à l'accélération de la récession, la réduction de la
demande dans de nombreux secteurs et particulièrement le ralentissement des activités
des compagnies aériennes. A première vue des prix pétroliers en baisse pourraient
favoriser une reprise économique en Europe et en Amérique, bien que des prix trop bas
incitent au gaspillage d'énergie et à la pollution.
Pour les pays producteurs, regroupés au sein de l'OPEC, toutefois
l'effondrement des prix du brut constitue un manque à gagner considérable, voire
catastrophique. Au niveau européen, c'est le cas de la Russie qui est le plus
préoccupant. Le redressement de l'économie russe, entrepris par le président V. Putin,
est largement tributaire des recettes des ventes de pétrole par la Russie. La rumeur
persiste que la Russie de Putin et les Etats-Unis de Clinton et de Busch ont conclu un
accord "confidentiel" en vertu duquel les deux pays s'efforceraient de maintenir
le prix du pétrole brut à un taux raisonnable à savoir 26 à 28 dollars -
conciliant ainsi les intérêts d'une Russie en besoin de financer son redémarrage
économique et industriel d'une part et les intérêts des industries, consommatrices
d'énergie, en occident d'autre part. Pour soutenir les prix pétroliers l'Opec a
envisagé de réduire la production journalière de l'ordre de 1,5 millions de barils,
mais la Russie, doutant de l'efficacité de la mesure et voulant maintenir le niveau de
ses recettes, semble vouloir stabiliser les volumes de sa production. L'occident à tout
intérêt à voir se redresser l'économie russe, de préférence à travers les
mécanismes anonymes du marché (en l'occurence pétrolier), l'alternative étant une aide
directe à la Russie sous forme de subsides votés par les parlements nationaux en Europe
et aux Etats-Unis. Ce qui s'avèrerait beaucoup plus difficile.
6. Quant aux autres importants producteurs de pétrole, c'est en
permier lieu le sort de l'Arabie Séoudite, qui cause problème et inquiétude.
L'extinction ou le tarissement pour ce pays de sa principale source de financement
risquerait de déstabiliser un régime, qui jusqu'ici fut d'une fidélité pro-occidentale
sans faille. La chute de la monarchie wahabite, féodale et anachronique, et son
remplacement par un régime plus démocratique mais plus critique à l'égard de
l'occident pourrait modifier le rapport de forces en cette région du monde, tout en
affectant dramatiquement tant la géo-économie que la géo-politique. Les Etats-Unis et
d'autres pays occidentaux se verraient alors sans doute obligés d'intervenir
militairement afin de protéger leurs intérêts vitaux.
L'Iran pour sa part, pays ou une très lente libéralisation du régime
fondamentaliste semble se dessiner, pourrait retourner à une dictature pure et dure des
ayatollahs au cas ou un appauvrissement collectif, dû à la chute des prix pétrtoliers,
pourrait être attribuée au monde occidental.
7. Aussi longtemps que le macro-terrorisme trouvera soutien, repair,
refuge et port d'attache dans certains pays, qualifiés par le président G.W. Bush
d'Etats voyoux ( les "rogue states", comme l'Irak, le Yemen, le Somalie, le
Soudan, la Libye, la Corée du Nord, ), la situation internationale restera dangereuse,
voire explosive, dans un monde sujet à une inquiétante prolifération des armes
atomiques, bactériologiques et chimiques. Les américains depuis longtemps préconisent
la mise au point d'un "bouclier de l'espace" anti-missiles (NMD ou National
Missile Defense), capable d'arrêter des attaques par missiles. Le Président Bush vient
de souligner l'acuité plus grande de ce projet, suite aux attaques terroristes. Il s'agit
d'un programme excessivement onéreux, se chiffrant par des centaines de milliards de
dollars, qui affectera très sérieusement le budget américain, mais dont par ailleurs
les retombées économiques en termes de commandes et de mise au point de nouvelles
technologies et d'innovations seront énormes pour le secteur privé. La question, par
ailleurs hautement politique mais aux conséquences économiques considérables, est de
savoir dans quelle mesure et sous quelles conditions l'Europe et éventuellement la Russie
pourront s'associer à cette nouvelle stratégie de défense post-guerre-froide.
Lors de l'intervention armée des Etats-Unis en Afghanistan et
l'élaboration d'une stratégie anti-terroriste planétaire, l'Union Européenne a une
nouvelle fois démontré que sa défense commune et ses capacités militaires sont
insuffisantes. La constitution d'une "force de réaction rapide" (RRF ou rapid
reaction force) éuropéenne est envisagée mais il est évident que la mise en place
d'une politique européenne de sécurité et de défense (PESD) aura des répercussions
importantes pour les budgets des pays membres de l'UE.
Le terrorisme est souvent le fait de problèmes politiques à
caractère ethnique, dont l'absence de réglement, voire de solution, entraîne aisément
des réactions d'une extrême violence. Il faudra dès lors impliquer davantage les
Nations Unies dans une politique de diplomatie préventive, de pacification, d'envoi
d'observateurs et de troupes d'interpostion dans les point chauds du monde. Tout cela est
excessivement onéreux et grèvera les dépenses des institutions multilatérales, qui
devront insister sur l'augmentation des contributions financières de la part des
états-membres.
Les Américains ont réussi à forger une alliance impressionnante de
pays prêts à lutter solidairement contre le terrorisme. La présence de certains pays
arabes ou musulmans dans cette coalition comme par exemple le Pakistan - est de la
plus haute importance politique, psychologique et stratégique. Ce qui place ces pays en
bonne position pour négocier une augmentation des aideset avantages de tout genre à
obtenir des pays occidentaux.
Tous ces facteurs sus-mentionnés sont dès lors de nature à augmenter
les dépenses publiques de l'Amérique et de l'Europe;
8. Ces considérations évoquent la nécessite d'analyser en profondeur
les causes du terrorisme planétaire. Ces causes ne sont pas univoques. Le lancinant
conflit Israëlo-Palestinien est bien entendu source et cause d'actions terroristes
dirigées contre l'Etat hébreu, mais aussi contre les Etats-Unis, considérés comme
étant les protecteurs d'Israël. Plus généralement des phénomènes de rejet à
l'égard de la modernité, incarnée et répandue par la civilisation occidentale, jugée
décadente, dégénèrent souvent en une affirmation identitaire exacerbée. Le
fondamentalisme en est la conséquence. La prise de conscience au sein des pays musulmans
d'une part de la grandeur de leur civilisation et d'autre part des humiliations
présentes, dues à leur dépendance technologique, attise un courant de haine et
d'hostilité. Au point qu'une résistance armée à la domination occidentale,
personnifiée par les Américains, s'organise à travers une multitude d'organismes
terroristes. Ce n'est pas la lutte pour les pauvres, mais la guerre contre les
"oppresseurs capitalistes" qui excite les ardeurs terroristes. Bien que la
pauvreté de larges populations constitue un humus idéal pour animer et organiser une
lutte des classes à l'échelle internationale, voire planétaire.
Le gouffre béant entre pays riches et pays pauvres, indépendamment de
ses aspects éthiques, confronte dès lors les pays occidentaux avec une écrasante
responsabilité, e.a. en matière de coopération au développement. Il est vrai que la
plupart des mouvements terroristes poursuivent en premier lieu des buts politiques, posés
en termes de conquête du pouvoir ou de contre-pouvoir, sans beaucoup se préoccuper du
niveau de vie des populations au sein des quelles ils opèrent. Mais force est de
constater qu'une planète divisée en deux mondes dont le dernier compte 2
milliards d'habitants devant vivre dans des conditions d'indigence parfois extrême
porte en elle les germes d'une lutte des classes mondiale. Les anti-globalistes, qui se
manifestent souvent bruyamment chaque fois que des sommets politiques ou économiques se
réunissent, en sont l'expression. Les néo-marxistes, quelque peu désoeuvrés depuis
l'effondrement des régimes communistes, reprennent du poil de la bête et tentent
d'ajuster les schémas de raisonnement, appliqués à la situation sociale régnant au
sein des sociétés capitalistes du 19e siècle, à l'état actuel de la planète et avec
ses inégalités structurelles. Aux bonnes intentions, exprimées un peu partout,
correspondent toutefois beaucoup de propositions économiques irréalistes,
irréalisables, voire contreproductives.
Les plus radicaux parmi les anti-globalistes vitupèrent contre
l'economie de marché mondialisée et le commerce international. Or toutes les études et,
par ailleurs les expériences du passé, prouvent que les entraves mises au libre échange
des produits et des services par des pratiques protectionnistes, réduisent le potentiel
de croissance et la prospérite des pays concernés. Ce sont les pays du tiers monde les
mieux intégrés dans l'économie mondiale, qui connaissent une croissance plus élevée.
Par ailleurs depuis quelques années le taux de croissance par tête d'habitant dans ses
pays est de l'ordre de 5% par an contre 2 à 3% dans les pays occidentaux. Il en résulte
en plus que ces pays sont en train de réduire l'écart qui les sépare de l'occident. La
pauvreté structurelle la plus grave se manifeste chez le pays "désintégrés"
par rapport à la mondialisation économique. Il ressort de la dernière étude de la
Banque Mondiale, publiée sous le titre "Mondialisation, croissance et
pauvreté", que "la mondialisation a souvent été un facteur de réduction de
la pauvreté, même si trop de pays et d'individus sont restés en marge". Pour
parvenir à ce constat les chercheurs de la Banque Mondiale ont étudié, sur une très
longue période ( de 1820 à 1998) à la fois le processus de globalisation de l'économie
et les effets de l'intégration, qui en résulte, sur un certain nombre de pays
historiquement en mal de développement. Entre 1950 et 1980 beaucoup de pays à faible
revenu ont réussi pour la première fois à accéder aux marchés mondiaux des produits
manufacturés. Ainsi la part de ces produits dans les exportations des pays en
développement est-elle passée de 25% seulement en 1980 à plus de 80% en 1998. Tout le
mal vient du décalage observé entre les pays en développement qui s'intègrent à
l'économie mondiale et ceux qui ne le font pas. Deux catégories de pays en voie de
développement peuvent être distinguées.Vingt-quatre pays de plus en plus intégrés
dans la mondialisation, dont la Chine, l'Inde, le Mexique, le Vietnam. Dans ces pays le
taux de croissance annuel est passé de 1% en 1960 à 5% dans les années 1990, tandis que
les salaires augmentaient, de même que l'espérance de vie et que diminuait le nombre de
pauvres. A l'inverse, dans les pays non intégrés une vingtaine, souvent victimes
de conflits ethniques internes - le revenu par habitant a diminué p.e. le Congo
et le nombre de pauvres a augmenté.
La Chine, l'Inde, d'autres pays Asiatiques, la plupart des pays
d'Amérique Latine prouvent par leurs performances économiques que la participation au
commerce international, même si les avantages en sont mal répartis, est préférable à
l'absence de participation et à l'isolationnisme. Le commerce international sous
certaines conditions est un "jeu à somme positive" et non pas un jeu à somme
nulle (zero sum game), ce qui veut dire que, bien organisé, le commerce ne laisse que des
gagnants.
Tout commerce international requiert une économie de marché
transfrontalière. Le commerce étatique, pratiqué par les régimes totalitaires et
collectivistes et souvent basé sur le troc, se solde rapidement par un échec. Ce fut le
cas pour l'ex-Union Soviétique, dont les échanges commerciaux avec l'occident furent
négligeables (1% à 2%). Les pays qui s'isolent du reste du monde, également sur le plan
économique, s'engagent dans une impasse catastrophique pour leurs populations. La Corée
du Nord et la Corée du Sud, deux pays à régime politico-economique radicalement
opposé, représentent presqu'une expérience en laboratoire de ce qui réussit et de ce
qui échoue. Ces deux pays furent entièrement détruits pendant la guerre de Corée de
1949-53. Le Nord fut soumis à un régime communiste de planification; le Sud emprunta les
voies de l'économie de marché libérale et capitaliste. Aujourd'hui le revenu annuel par
tête d'habitant en Corée du Nord est de 700$, alors que la Corée du Sud réalise un
revenu par tête d'habitant de 8000$. De semblables divergences de niveau de vie se font
jour entre la Thaïlande et le Cambodge, la Finlande et l'ex-Union Soviétique, la Grèce
et la Bulgarie, le Mexique et Cuba, l'Allemagne Fédérale de l'Ouest et la DDR de l'Est,
chaque fois des couples de pays dont le premier cité avait choisi la voie de l'économie
de marché libérale, alors que le second avait opté pour l'économie de commande
planifiée et protectionniste, sous les auspices du capitalisme d'état.
9. Beaucoup de reproches adressés à l'économie de marché ne
tiennent pas debout à la lumière d'études sérieuses, e.a. effectuées par la Banque
Mondiale. Les inégalités de revenu et de fortune sont (encore) plus grandes dans les
pays collectivistes que dans les pays capitalistes souvent à cause des privilèges
accordés aux classes dirigeantes (la nomenklatura) - et les salaires y sont plus bas car
la rémunération du travail s'aligne à terme inévitablement sur la productivité du
travail, qui y est limitée par le manque de technologies modernes. Les services publics
et privés y sont en général négligés et délabrés, la pollution et la déterioration
du milieu y sont beaucoup plus graves que dans les pays dits capitalistes, comme cela est
apparu après la chute de communisme en Allemagne de l'Est et en Russie.
Le développement accéléré des pays du tiers monde et la lutte
efficace contre la pauvreté, dans le but aussi de désamorcer un terrorisme exploitant le
désespoir de populations affamées, ne tireront aucun avantage d'un retour aux recettes
d'un socialisme marxisant, plannificateur, protectionniste et collectiviste.
Le sous-développement reste un phénomène complexe. Il est clair que
le niveau de vie des populations souffre gravement de conflits ethniques, de guerres
civiles larvées, de l'inefficacité des gouvernements et de leurs administrations, de la
corruption et du pillage des ressources naturelles. Beaucoup de ces maux se propagent avec
la complicité, voire le soutien de milieux ou de groupes d'intérêt appartenant au monde
occidental. Mais cela n'implique pas nécessairement que l'économie de marché serait
responsable de tout ce qui ne va pas dans le tiers monde. Il s'avère en outre que la
croissance des inégalités entre pays riches et pays pauvres n'aggrave pas
nécessairement la pauvreté dans les pays arriérés. Inégalité et pauvreté sont deux
choses différentes. Si les riches augmentent leur prospérité de 10% par an et les
pauvres seulement de 2%, les inégalités se creuseront, mais la pauvreté aura diminué.
Certaines études confirment d'ailleurs que le démarrage économique de sociétés, qui
s'industrialisent, et dont le niveau de vie commence à s'élever de manière
généralisée, favorise en premier lieu les élites possédantes et les travailleurs
qualifiés. Ce phénoméne s'est vérifié dans nos sociétés occidentales à partir du
19e siècle. Ce n'est que dans une phase ultérieure du développement que la réduction
de la pauvreté va de pair avec une décroissance des inégalités, comme ce fut le cas en
Europe occidentale au cours de la deuxième moitié du 20e siècle. Certes, les grandes
inégalités au sein de sociétés et entre sociétes posent un grave problème moral et
social, même si elles sont la conséquence d'une dynamisation progressive de l'économie,
qui à terme permettra de pratiquer une politique sociale efficace..
10. Il est en revanche faux de croire, comme le font trop aisément les
néo-libéraux, que l'économie de marché serait automatiquement salvatrice et que le
drame du sous-développement se résorbe spontanément, pourvu que l'on se rende corps et
âme aux forces du marché. L'histoire semble enseigner qu'il y a beaoucoup de
"mauvaises" économies de marché et que même si l'économie de marché
fonctionne bien, elle ne s'avère être qu'une condition nécessaire mais non-suffisante
à l'amélioration générale du niveau et de la qualité de vie des populations.
En effet les avantages de l'économie de marché en termes de création
de prospérité pour un maximum d'acteurs dépend d'une série de conditions et de
contraintes bien identifiées et précisées par la théorie économique. Une
"bonne" économie de marché doit être concurrentielle. Une économie
capitaliste de marché par contre, dominée par trop peu d'entreprises (oligopolistiques)
qui se font trop peu de concurrence est aussi mauvaise - c'est à dire préjudiciable aux
intérêts des consommateurs qu'une économie collectiviste caractérisée par le
capitalisme d'état. Il faut qu' une concurrence loyale et efficace puisse s'exercer de
sorte que l'impact tant des offreurs que des demandeurs sur les prix soit minimal. Cela
veut dire qu'il y ait absence de facteurs qui entravent ou annulent la compétition, tels
des monopoles (un seul offreur, producteur, vendeur) et des oligopoles (un nombre
restreint de producteurs). Si non l' économie de marché échoue. Les économistes
parlent de l'échec du marché (market failure). La protection des marchés par des droits
de douane, des quota, des subventions et avantages fiscaux accordés aux entreprises
nationales, le controle des mouvements de capitaux, les entraves à la libre circulation
des services, des biens et des personnes, les fluctuations des cours de change et les
dévaluations, qui favorisent les exportations, sont autant d'exemples d'actions qui
faussent la concurrence. Le marché livré à lui-même a en outre tendance à détruire
la concurrence ou à la limiter, car celle-ci est gênante et éprouvante. Elle force à
l'innovation condition de toute croissance économique et augmentation de la
productivité - à l'efficacité, à la maîtrise des côuts, à la baisse des prix: tous
des avantages pour les consommateurs et facteurs de croissance économique. La concurrence
efficace oblige les producteurs à aligner leurs prix sur leur coût marginal, à terme
même sur leur coût moyen. Le traité de Rome de 1957, traité fondateur de l'Union
Européene, est basé sur le paradigme de la concurrence efficace et donc sur la
nécessité de l'organiser et de la faire surveiller par un pouvoir supranational (le
Commission Européenne). La création de l'Union Monétaire est la clé de voûte dans la
mise en place d'un marché unique. Ce que les libéraux doctrinaires ne comprennent pas
toujours, c'est qu'il faut une autorité publique, de préférence démocratiquement
contrôlée en l'occurrence la Commission Européenne et sa politique de
concurrence qui impose des règles de conduite aux acteurs économiques. Des
législations anti-trust, anti-kartel, luttant contre les abus de pouvoir économique et
contrôlant les fusions d'entreprises sont absolument nécessaires au bon fonctionnement
de l'économie de marché. Au niveau mondial il importe que l'Organisation Mondiale du
Commerce (OMC) acquière suffisamment de pouvoirs régulateurs.
Economie de marché et pouvoir politique sont dès lors
complémentaires. Ils constituent un 'binôme': "démocratie pluraliste + économie
concurrentielle". C'est en ce sens qu'il faut orienter les réformes à réaliser au
sein des grandes multilatérales économiques, dont en premier lieu l'OMC, mais aussi le
Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale. En revanche, leur destruction telle
que réclamée par certains anti-globalistes serait extrêmement préjudiciable pour de
très nombreux habitants de la planète.
11. Mais même si l'économie de marché fonctionne bien - ce qui est
bon an mal an le cas dans l'Union Européenne grâce à la surveillance exercée par la
Commission Européenne elle s'avère toutefois incapable de résoudre une série de
problèmes et de révéler de nombreux défis. En effet, si l'existence d'une économie de
marché concurrentielle est une condition nécessaire au développement, elle est
néanmoins insuffisante. Là aussi les néo-libéraux pêchent par optimisme. C'est ainsi
que l'économie de marché, même si elle observe les normes de la compétition efficace,
ne garantit pas le plein-emploi, ni la répartition du revenu national en faveur des
non-actifs (pensionnés, malades, chômeurs), ni la protection de l'environnement, ni des
soins de santés ou un enseignement de qualité pour tout le monde quelque soit le revenu.
Toute une série de biens publics ou collectifs ne sont pas produits ou attribués à
travers les méchanismes du marché. Ici l'autorité publique se doit d'intervenir dans
une société evoluée. Une conclusion essentielle s'impose. Une économie de marché
dûment concurrentielle et une autorité politique démocratiquement contrôlee
constituent le systême le plus apte à produire le plus de prospérité et de bien-être
pour le plus grand nombre de citoyens. Ce binôme toutefois implique également que la
démocratie fonde un état de droit et crée un système social de solidarité
inter-individuelle. Le grand défi du 21e siècle est de répandre ce binôme, également
dans les pays du tiers monde. Les Nations Unies, par l'intermédiaire du PNUD, se
proposent de réduire de moitié la pauvreté des pays les moins développés en l'an
2015. Il s'agit d'un programme très ambitieux, qui suppose une beaucoup plus grande
solidarité internationale et donc un relèvement de l'aide au tiers monde, un ajustement
des structures et de la politiques des grandes institutions multilatérales, telles le
Fonds Monétaire, la Banque Mondiale et l'OMC et surtout des réformes
politico-économiques dans les pays en voie de développement.
12. Le macro-terrorisme qui n'est jamais justifié - et le
mouvement anti-globaliste qui préconise souvent des mesures contraproductives
vont toutefois par ricochet obliger les responsables politiques et économiques à
accélér la mise en place d'une politique réformiste beaucoup plus ardue à l'égard des
pays en développement. L'idée d'une politique de développement durable fait son chemin,
à savoir un développement évalué en termes sociaux, respectueux de l'environnement et
conforme aux droits de l'homme.
* Les pays les plus pauvres - où la pauvreté est structurelle à
cause de leur pénurie de ressources naturelles devront bénéficier d'une aide et
d'un transfert de technologie beaucoup plus importants. Il faudra tout faire au sein des
pays riches pour que la norme des 0,7% du PNB d'aide au développement soit enfin
atteinte. Il faudra aussi alléger, éventuellement annuler, leurs dettes, mais d'une
manière qui donne un encouragement aux pays ayant pratiqué une gestion économique
efficace (sur le plan budgétaire, monétaire, industriel et commercial).
* Les pays du tiers monde potentiellement riches doivent être aidés
à s'industrialiser, à exporter davantage et à s'insérer dans l'économie
internationale, mais bien entendu pour autant que leur propre politique économique et
sociale soit compatible avec les objectifs du développement durable. Ici surgit le
problème de la conditionnalité, très contestée dès lors que les technocrates du FMI
imposent des mesures de restructuration économique sans toujours en mesurer les
conséquences sociales (le fameux consensus de Washington).
Le respect des droits de l'homme - y compris les droits sociaux, la
liberté syndicale, l'interdiction et/ou la réglementation du travail des femmes et des
enfants - pose souvent un problème grave et difficile. Abandonner ces pays à leur sort
en cas de non-respect risque d'encore aggraver la violation des droits de l'homme les plus
élémentaires, alors que par ailleurs toute aide accordée et chaque initiative de
coopération économique officielle peuvent être expliquées par les régimes en place
comme une caution, voire une approbation. Une aide ciblée, axée sur des projets concrets
et transitant par les ONG peut être la solution dans de nombreux cas.
* Comme beaucoup de pays en voie de développement sont déchirés par
des conflits ethniques ou des guerres civiles, une pacification interne est un préalable
à tout "décollage" économique. La seule solution est d'impliquer davantage
les Nations Unies, en vertu de la Charte. Le Conseil de Tutelle a été mise en veilleuse
pour des raisons politiques, mais au 21e siècle d'autres moyens d'"encadrement"
de certains pays du tiers monde doivent être envisagés, à commencer par l'imposition et
le maintien de la paix par la communauté internationale et l' organisation de
l'administration des pays concernés. Il s'agit d'une responsabilité de plus en plus
évidente que l'ONU devrait être capable d'assumer. Il faut donc que les pays riches
fassent en premier lieu un très gros effort de financement en ce qui concerne les actions
des Nations Unies et de ses agences spécialisées (comme le PNUD).
* Financer le développement durable requiert des ressources
supplémentaires, mises à la disposition par les pays riches.Les anti-globalistes ont
fait de l'introduction d'une "taxe Tobin" leur cheval de bataille. Il y a déjà
une vingtaine d'années que ce célèbre économiste canadien, prix Nobel d'économie, a
proposé de lever une taxe sur les mouvements de capitaux. Comme ces mouvements atteignent
journalièrement des montants astronomiques (des trillions de dollars) , même une taxe
réduite donnerait un rendement fiscal très considérable. J.Tobin voulait limiter les
fluctuations erratiques des cours de change en réduisant la demande spéculative, mais il
n'avait nullement l'intention de trouver un moyen supplémentaire de financer la
coopération au développement. Il s'avère en outre qu'une taxe Tobin serait
impratiquable, étant donné la volatilité des capitaux, aussi longtemps qu'elle ne
serait pas introduite simultanément par et dans tous les pays du monde. La plupart des
spécialistes la juge dès lors irréaliste, inappropriée et contre-indiquée. En effet
il ne faut pas rendre plus chers mais plutôt moins chers les capitaux dont les pays du
tiers monde ont un pressant besoin.
Il faut dès lors explorer d'autres voies de financement. Pourquoi ne
pas lever un impôt élevé sur la vente d'armes ou leur exportation, afin d'alimenter un
grand fonds pour le tiers monde, géré au niveau multilatéral ? L'on pourrait aussi
davantage taxer l'alcool ou le tabac ou imposer des services ou des biens, dommageables
pour l'environnement, sans parler d'une lègère taxe supplémentaire sur la consommation
d'essence.
* Quant au développement économique au sens propre il faut que le
rôle des multinationales lesquelles sont nécessaires à l'expansion économique
tout en présentant un risque d'abus divers soit précisé et surveillé par une
autorité multilatérale, de préférence l'OMC, qui devrait imposer un code de conduite
sanctionnable. Il est essentiel que cela aille de pair avec la mise en place d'une
véritable politique de concurrence à l'échelle planétaire, afin d'éviter l'émergence
de situations monopolistiques.
* Au niveau des institutions une plus grande cohésion des politiques
pratiquées par le Fonds Monétaire, la Banque Mondiale et l'Organisation Mondiale du
Commerce s'impose. D'aucuns proposent même leur fusion. En leur sein, les pays riches
exercent aujourd'hui une influence jugée excessive, puisqu'aussi bien ils occupent 7
mandats au niveau du Comité Intérimaire, alors que les 176 autres membres doivent se
contenter de 17 mandats.
* La question la plus épineuse, particulièrement pour l'UE, concerne
la protection de certains marchés européens contre des importations en provenance des
pays "à bas salaires". Il sagit en premier lieu du marché agricole européen,
régulé par le politique agricole commune (PAC), qui absorbe aujourd'hui toujours plus
que la moitié du budget européen. Cette politique, en pratiquant des prix agricoles
européens très supérieurs aux prix mondiaux, nécessite l'instauration de
prélèvements à l'importation sur les produits en provenance du tiers monde et l'octroi
de subventions aux produits européens à l'exporation. Les excédents agricoles de
l'Europe sont en outre écoulés sur les marchés des pays en voie de développement à
des prix extrêmement bas (dumping), perturbant ainsi les marchés locaux. Des calculs
très sérieux indiquent qu'en supprimant cette politique l'UE accorderait un avantage aux
pays en voie de développement égal à trois fois le montant de toutes les aides qui leur
sont attribuées aujourd'hui.
*
L'impact économique le plus important des événements du 11 septembre
concerne de toute évidence une révision fondamentale de la politique de coopération au
développement des pays riches à l'égard des pays les plus pauvres, dans un cadre
multilatéral profondément ajusté.
En outre la politique néo-libérale, conçue à partir des théories
de l'Ecole de Chicago (e.a. Milton Friedman et l'économie de l'offre, opposée à une
politique de la demande Keynesienne et les excès de l'économie mixte) des années 70 et
80 et mise en pratique par le président R. Reagan et le premier ministre madame M.
Thatcher) sera dans les années à venir de plus en plus revisée à l'aune d'une nouvelle
conception du rôle de l'Etat et des instances multilatérales et supranationales, plus
démocratiquement contrôlés. Le macro-terrorisme ne rétablit pas le besoin de plus
d'Etat, mais bien d'un autre pouvoir, surtout inter-étatique, nécessaire à opérer
l'insértion de l'économie de marché mondialisée dans un contexte également
mondialisée et propice au développement humain.
LES
"ON-DIT" ET "NON-DIT" DE LA PRESIDENCE BELGE

1/ Le premier "non-dit" concerne L'Euro, dont la faiblesse
sur les marchés de change n'a pas que des avantages (fuite des capitaux, inflation
importée). Beaucoup d'économistes attribuent la sous-évaluation de l'Euro à la
solidité du Dollar. Or, la monnaie américaine demeure forte, quels que soient l'état de
la conjoncture aux Etats-Unis et les mouvements à la hausse ou à la baisse des taux
d'intérêts. La vraie cause de la fragilité de l'Euro est donc ailleurs. Il existe de
par le monde des pays sans monnaie propre (le Luxembourg). Mais il n'y pas d'exemple
durable d'un monnaie sans état. La faiblesse structurelle de l'Euro est due au manque de
crédibilité internationale de l'unification politique de l'Europe ou au moins d'
Euroland (les 12) à l'intérieur de l'UE.C'est ce constat qui devrait présider aux
négociations du contenu de la déclaration de Laeken-Bruxelles, annoncée par le
gouvernement Verhofstadt.
2/ On ne dit pas non plus que l'élargissement de l'UE par l'adhésion
d'une quinzaine de nouveaux membres est à la fois une nécessité politique irréversible
et une 'infaisabilité' économiqe et budgétaire pendant de nombreuses années.Comment
gérer cette contradiction, tout en poursuivant l'intégration des pays du noyau (le
modèle Saturne) et sans verser dans une Union, désunie par différentes vitesses, par
des géométries variables, des compétences partagées à la carte, des 'opt out et in'
et des abstentions plus ou moins constructives? Il faut en outre tenir compte des
frustrations des pays candidats qui ont nullement le désir particulièrement par
égard pour leurs opinions publiques de se faite traîter en membres de seconde
zone. C'est la raison pour laquelle j'ai déjà proposé à de nombreuses reprises qu'il
faut prévoir, à côté de la 'coopération renforcée' l'oeuf de Colomb pondu à
Amsterdam afin de promouvoir et d'organiser l'intégration 'differentiée de créer
un autre instrument juridique, que j'appellerais volontiers: 'coopération
complémentaire', permettant de cogérer tout le mécanisme de transition avec tous les
membres, tout en associant également les nouveaux membres à la coopération renforcée
sous forme de 'décision shaping'.
3/ L'on ne dit pas assez que la visibilité et la crédibilité de la
politique étrangère et de sécurité commune de L'UE (la PESC) dépendent de la mise sur
pied d'une politique de défense commune (cfr. les déboires de l'UE en ex-Yougoslavie).
D'importants pas ont été faits sur cette voie (création d'une force de réaction rapide
et d'un comité politique de sécurité), mais aucun dirigeant européen n'ose déclarer
qu'une telle politique implique un plus gros effort budgétaire en matière de dépenses
militaires. S'ajoute à cela le problème de l'intégration de l'identité de défense
européenne dans l'Otan et dès lors des relations de l'UE avec les Etats- Unis. S'opposer
sans nuances au plan de 'defense anti-missile' de la nouvelle administration américaine
relève d'une attitude à courte vue. Il faut au moins essayer de convaincre le Président
Bush de 'démonopoliser' son initiave en l'ouvrant à d'autres partenaires. L'UE sortirait
complètement ridiculisée de la controverse si entre-temps les Etats-Unis et la Russie
parvenaient à se mettre d'accord sur une forme de partnership et sur le remplacement du
traité ABM de 1971 par un nouvel accord de réduction drastique de l'armement offensif.
L'UE devrait être le concepteur, de préférence à l'intéreur de l'Otan, d'un vast
pacte de sécurité entre l'Alliance Atlantique et la Russie, ce qui permettrait en outre
d'élargir l'Otan à de nouveaux membres dans un climat de confiance reconstruite avec le
Kremlin.
4/
Un quatrième "non dit" concerne le rapport de force à l'intérieur de l'UE.
L'axe Paris-Bonn fut pendant presque 50 ans le moteur de l'intégration. Force est de
constater que pour de nombreuses raisons e.a. la réunification allemande et
l'élargissement qui renforcera considérablement le poids de l'Allemagne grâce à la
reconstitution de son hinterland naturel l'axe Paris-Berlin semble aujourd'hui
moins equilibré, harmonieux et dynamique. A Nice le Conseil européen a implicitement
instauré un directoire de fait des trois grands pays de l'Union, à savoir l'Allemagne,
Le Royaume Uni et la France. Ce qui est un pis-aller beaucoup moins grave que si l'UE
était laissée sans la moindre direction. Plusieurs raisons - que la concision de cet
article empêche de développer - militent en faveur d'une Europe s'articulant non pas
autour d'un ou plusieurs axes, mais se construisant sur le triangle Berlin-Londres- Paris
( par ordre alphabétique), bien entendu dans le contexte d'une coopération renforcée,
d'une coopération complémentaire et d'une intégration différentiée. Le Royaume Uni
s'est déjà positionné au coeur de l'Europe en matière de défense et de politique
étrangère. Mais la Grande Bretagne devrait davantage jouer son rôle au sein du marché
unique intégré (d'ailleurs très apprécié par les Britanniques) et dès lors rejoindre
à terme l'Union Monétaire, clé de voûte de ce marché.Il ne faut pas forcer Tony Blair
à organiser un référendum sur l'acceptation de l'Euro, car il le perdrait avec pertes
et fracas. Mais pourquoi ne pas proposer à la Grande Bretagne une formule de transition,
un format 12+1, qui lierait les cours de l'Euro et de la Livre par une politique
concertée de la Banque d'Angleterre et de la Banque Centrale Européenne, le Royaume Uni
devenant dès lors partenaire dans la gestion d'Euroland?
5/
Un autre non-dit important vise la politique d'asile et d'immigration. L'immigration
zéro, telle que pratiquée par beaucoup de pays Européens, s'avère être
contreproductive puisqu'elle gonfle les demandes d'asile et favorise l'immigration
illégale et la traite d'êtres humains. Le temps est venu de pratiquer une politique
Européenne concertée tendant à organiser une immigration sélective , p.e. selon les
critères proposés par la Commission Européenne (réunion familiale, besoins du marché
du tavail, considérations démographiques
). Une immigration plus libérale devrait
aller de pair avec une répartition entre membres de l'UE des demandes d'asile selon les
pays d'origine.
6/ Plusieurs autres 'non-dit' restent à mettre à l'agenda:
- la nécessité prioritaire de mettre sur les rails rapidement
l'harmonisation des régimes de sécurité sociale et d'impôts des entreprises;
- le refus de toute tentative de renationalisation de certaines
politiques (e.a; agricole), telle que proposée par l'Allemagne dans le contexte dangereux
d'une redéfinition des compétences communautaires ('kompetenzabgrenzung');
- le rejet du projet français de créer une deuxième chambre (des
états) à côté du parlement européen, projet qui risquerait d'exacerber les réflexes
et rivalités nationales;
- le renforcement décisif de l'influence politique du Parlement
européen en lui accordant le pouvoir ( à l'instar du "over-ruling" par le
Congrès américain) de défaire, à la majorité qualifiée des 2/3, les vétos ou les
blocages survenus au sein des conseils des ministres européens.
Je comprends que M. Verhofstadt ne puisse se permettre de lancer
publiquement des idées ou des propositions jugées vexatoires par les uns , trop
audacieuses par les autres. Mais il n'est pas interdit d'espérer que dans les couloirs
où l'histoire s'est toujours faite il trouvera l'occasioin de faire avancer
la solution des vrais problèmes.
Mark EYSKENS
Ministre d'Etat
ancien Premier ministre et ministre des affaires étrangères
DU VINGTIEME SIECLE AU
TROISIEME MILLENAIRE
Par Mark Eyskens
Ancien Premier Ministre
I. Le grand chambardement
Notre vieux siècle se jette dans le nouveau millénaire comme le
fleuve dans l'océan. Constatation banale d'un phénomène naturel, incontournable, bien
que quelque peu enfiévrant.
En attendant, le sablier du temps égrène les mois qui nous séparent
encore de lan 2000. La tour Eiffel annonce déjà le compte à rebours et la magie
dune fin de siècle, devenue fin de millénaire, sempare de nous.
Le plus douloureux de tous les siècles, le nôtre, touche à sa fin.
Deux guerres mondiales (1914-18 et 1939-45) atroces, une guerre froide (1947-1992), une
grave crise économique conjoncturelle dans les années trente, cause principale du
nazisme, une déconcertante crise dadaptation à partir des années quatre-vingts,
un déferlement ininterrompu d'événements tragiques... ont harcelé et éprouvé,
meurtri et mutilé, blessé à mort et tué d'innombrables hommes et femmes. Les deux
guerres mondiales firent plus de victimes mortelles que toutes les autres guerres
cumulées depuis que l'homme s'est mis à manier la hache de silex. Le bilan du bien et du
mal, du bonheur et du malheur des cent années presque écoulées incline vers le passif,
marqué en rouge. Couleur de sang.
Mais il y a aussi de bonnes nouvelles, qui concernent les dernières
décennies et dont on ne parle quavec une certaine gêne, car de nos jours on semble
préférer la sinistrose.
Depuis un demi-siècle, la paix régne sur lEurope occidentale,
ce qui na plus été le cas depuis lépoque de Jules César, il y a deux mille
ans. La guerre froide sest terminée pratiquement sans coup férir, alors que des
dizaines de milliers de têtes nucléaires rouillent, inutilisées, dans leurs macabres
silos. Lhumanité a vécu pendant un demi-siècle une expérience horrifiante de
presque-mort nucléaire, mais en a réchappé de justesse. Le champignon thermonucléaire
du Jugement dernier ne surgira donc pas à lhorizon pour annoncer la fin de
laventure humaine. Toutes les colonies sont devenues indépendantes, bon an mal an.
Le communisme sest soudainement effondré en tant que régime politique, système
économique et doctrine idéologique, un peu comme une rupture de digue. Les deux
Allemagne sont à nouveau réunies, effaçant ainsi les dernières traces de la Deuxième
Guerre mondiale, pour nen laisser subsister que les nombreuses cicatrices dans les
corps et les coeurs de tous ceux qui lont vécue. LEurope, ce vieux monde, si
souvent fatiguée, a repris ses forces et forge son unité de manière pacifique et
consensuelle. Une monnaie commune et unique - lEuro - va même être introduite
avant la fin du siècle, créant ainsi un événement méga-historique et une ambiance
franchement eurotique. Dans beaucoup de pays de la planète, les dictateurs ont mordu la
poussière - parmi lesquels Suharto tout récemment -, et les régimes démocratiques se
sont répandus. Les droits de lhomme figurent en priorité à lordre du jour
de la diplomatie mondiale et la communauté internationale sefforce tant bien que
mal de maintenir ou dimposer la paix dans les points chauds du monde, comme en
ex-Yougoslavie. Au sein des pays industrialisés, dont la Belgique, depuis 1945, la
prospérité par tête dhabitant a été sextuplée et la durée du travail
diminuée dun tiers sur lensemble de la carrière. À la fin du XIXe siècle,
9O% de la population étaient pauvres et 10% relativement aisés. Un siècle plus tard,
donc aujourdhui, cette proportion a été inversée. Une augmentation véritablement
révolutionnaire de la prospérité a été accomplie et en suite répartie à travers les
arcanes dune sécurité sociale largement étendue. Certains pays du tiers monde ont
su maîtriser les mécanismes de la croissance économique et se développent rapidement.
Le progrès scientifique dans tous les domaines a été fabuleux et a entre autres
contribué à prolonger la longévité moyenne des humains dune vingtaine
dannées. Lenseignement à tous les niveaux a été largement démocratisé.
La qualité de la plupart des biens de consommation sest incomparablement
améliorée, alors que linformatique, la télématique, la nanotechnologie (la
science de la miniaturisation), la maîtrise bio-génétique, léradication
progressive de la famine et des épidémies, le contrôle des naissances, la libération
sexuelle, les nouvelles formes dénergie, la mise au point de nouveaux matériaux
intelligents, les progrès révolutionnaires de la médecine, le développement de la
technologie du langage, mettant fin aux problèmes linguistiques ... se propagent à une
allure vertigineuse. Le monde est bel et bien devenu notre village. Il ny a plus de
distances. Lémergence de la société du savoir ceint la terre entière dune
véritable "noosphère", déjà annoncée par P.Teilhard de Chardin et qui
sappelle aujourdhui internet, E-mail, fax et GSM.
Il est vrai que certaines ombres du progrès se propagent également.
Ces ombres du changement non maîtrisé sappellent: pollution, conflits ethniques,
racisme, fondamentalisme, génocide, terrorisme, guerres locales, surpeuplement,
taudification urbaine, famine, sous-développement, misère abyssale, injustice,
corruption, criminalité de tout genre, exclusion, chômage, inégalités, égoïsme,
pauvreté, déshumanisation, violence structurelle, traite dêtres humains, abus
denfants, froideur bureaucratique, insolence du pouvoir, règne dOn... Au
cours des cent dernières années, lhistoire a marqué la société humaine de ses
terribles brûlures.
Car de toute évidence tous les changements ne conduisent pas
nécessairement au progrès de lhumanité mais ils peuvent y contribuer puissamment
à condition que lhomme les oriente à la lumière et en vertu dune véritable
éthique du changement, alors que trop souvent il se contente dun changement
déthique. Mais une conclusion encourageante et édifiante simpose.
Lhomme peut obvier à linhumanité car linhumanité est humaine et
nullement une force de la nature et, des choses ou des hommes, ces derniers sont les plus
facilement amendables à condition de le vouloir humainement.
II. La révolution post-industrielle
La fin du XX siècle se présente dès lors beaucoup mieux que son
début. Et malgré cela le pessimisme, voire le catastrophisme sont de mise, sur une toile
de fond de scepticisme post-moderne et de malaise généralisé. Ainsi surgit le paradoxe
du mécontentement tous azimuts dans une société occidentale où pour la plupart des
gens il na jamais fait aussi bon de vivre.
Cest que le déferlement de changements dérange, bouscule,
inquiète, met en question et contraint à lajustement des habitudes et la
flexibilité des comportements.
La seule constante de lhistoire est le changement. Tout le reste
est imprévisible et incertain. Nous vivons la fin des certitudes et cest cela qui
désarçonne.
Prenons les formidables chambardements de la fin de notre siècle,
intervenus depuis à peine une décennie. Il sagit de véritables fractures du temps
présent, tels:
(1) l'implosion du communisme et l'explosion de l'Union Soviétique;
(2) la fin de la guerre froide et la dissipation dans le subconscient
collectif de la menace thermonucléaire;
(3) l'unification accélérée de l'Europe, e.a. avec
lintroduction prochaine de lEuro;
(4) le bouleversement de nos échelles de valeur.
(5) la troisième révolution industrielle - plutôt post-industrielle
(RPI)-, qui sarticule autour de la généralisation de linformatique.
Si notre monde se modifie en profondeur, à quoi faut-il alors
attribuer ces changements? Avant de chercher une réponse à cette question,
imprègnons-nous de ce dicton chinois: "Lorsque le sage montre la lune du doigt,
l'idiot ne regarde que le doigt". Car les profonds changements ne s'accomplissent pas
à la surface. Ils ont des racines invétérées, qui permettent de décoder et
dinterpréter ce qui se passe.
Cest la révolution post-industrielle (RPI), appelée aussi
troisième révolution industrielle (TRI) - après la première à la fin de XVIII avec la
machine à vapeur et la deuxième à la fin du XIX avec lélectricité - qui donne
impulsion et cohérence aux changements intervenus et en cours. Au-delà du rôle des
personnages historiques tels Gorbatchev et des causes déstabilisatrices comme la course
à l'armement, les nationalismes réprimés et la révolte des pays satellites, il y eut
en Union Soviétique l'impact en profondeur de la RPI. La révolution de l'informatique et
de l'information, levier d'une créativité tous azimuts, sest avérée incompatible
avec un système politiquement totalitaire, censuré et économiquement collectivisé et
centralisé. Les moyens modernes de communication effacent les frontières et libèrent
les idées. Le communisme dictatorial ny a pas résisté. En outre, dès lors que le
savoir organisé et informatisé devient le facteur de production le plus important, la
recette marxiste, tendant à nationaliser les facteurs de production, devient
contreproductive. Comment nationaliser le savoir de lhomme? La recherche?
Linventivité? La découverte?
Après avoir causé l'effondrement du communisme, la RPI transforme
aussi le capitalisme occidental, qui devient l'"informatisme", dominé non plus
par la propriété privée des facteurs de production, mais par le contrôle des réseaux
d'information. La deuxième révolution industrielle de la fin du XIX - celle de
lélectricité - avait déjà "américanisé" le progrès technologique.
La troisième (la RPI) engendre son "asiatisation" (voir la Chine et le Sud-Est
Asiatique) et sa mondialisation. Elle met fin au monopole technologique de la race
blanche.
La RPI détruit les souverainetés nationales des Etats. Nos
gouvernements deviennent trop petits pour les grands problèmes (environnement, transports
internationaux, politique étrangère et de défense) et trop grands pour les petits
problèmes (ce qui explique la régionalisation et la fédéralisation dans beaucoup de
pays).Le pouvoir national se dilue, l'interdépendance entre pays augmente et l'économie
devient internationale et mondiale. Les grandes entreprises fusionnent et deviennent
inter-continentales. Il ny a plus de distances. Le monde devient notre village. Mais
la RPI secoue aussi considérablement le fonctionnement du marché du travail et secrète
l'exclusion sociale, particulièrement de tous ceux dont la formation intellectuelle ou
technique ou ladaptabilité psychologique, géographique ou professionnelle au
changement savèrent insuffisantes.
Les réactions de rejet à légard du progrès scientifique et
des nouvelles technologies sont toutefois totalement contre-indiquées. Elles rappellent
le comportement désespéré des travailleurs du textile qui, voulant à la fin du XIX °
siècle protester contre la mécanisation des métiers à tisser, y jetèrent leurs sabots
afin de les casser. Action qui donna naissance au mot "sabotage".
Aujourdhui il ne faut pas saboter le progrès technique mais il faut
lintégrer dans une échelle de valeur qui garantisse une économie au service de
lhomme - et non pas le contraire. La RPI est un processus de destruction créatrice
de nature à créer de nouveaux emplois dans de nouveaux crénaux, comme cela est prouvé
aux Etats-Unis et au Japon. Le chômage élevé est en plus un phénomène spécifiquement
Européen, à quoi il faut opposer que dans les pays de l'Europe occidentale du Nord la
pauvreté est nettement inférieure à ce qu'elle est aux Etats-Unis.
Le sous-emploi élevé nest pas principalement dû à
l'introduction des nouvelles technologies, car ce phénomène affecte également
lAmérique et le Japon, où le chômage nexcède pas 5%. La concurrence des
pays à bas salaires augmente incontestablement mais nos importations de ces pays ne
représentent que 8% du total. Leur importance relative ne peut expliquer un taux de
chômage de 12%. Quant aux délocalisations, dont les conséquences sociales peuvent être
dramatiques pour certaines entreprises - voir Renault - elles non plus savèrent
être la cause principale de notre chômage. Les investissements de létranger en
Belgique dépassent toujours nos investissements à létranger. Les causes
fondamentales du chômage se s |